Je ne parvenais pas à dormir. Allongée sur ma paillasse, dans ma chambre, je ne parvenais pas à trouver le sommeil car une terrible douleur persistait à poindre dans mon dos.
Je m'habituais à peine à celle-ci. Cela faisait des jours maintenant que je la ressentais : deux points lancinants qui frappent à travers mon corps et me déchirent, de chaque côté de mes trapèzes. Cela venait de l'intérieur même du dos et on aurait dit que cette douleur cherchait à sortir, à déchirer ma peau.
Bien sûr, Grand- Ma m'avait donné des plantes pour apaiser cette souffrance qu'elle appelait le passage dans l'âge et le monde adulte. J'attirais ces derniers jours tous les regards de mon entourage. Grand- Pa n'avait jamais porté autant d'intérêt à sa petite fille et mes frère et sœur me regardaient avec envie et admiration.
Oui, mais en attendant, ça faisait horriblement mal ! Dans ces moments d'atroces douleurs, on a bien le temps de réfléchir et de se poser des questions que jamais auparavant nous n'aurions osé même murmurer, des choses qui remettent en question le propre fonctionnement de notre monde : mais qu'est-ce que j'en ai à faire d'être enfin considéré comme une adulte, de pouvoir me marier, fonder ma famille et partir à mon tour en quête ?
Ma communauté s'était installée sur Terre, mais il y avait d'autres communautés − appelées "faerys"− un peu partout sur toutes les planètes. On y avait notre propre mode de fonctionnement. Chaque faery était dirigée par une femme, la plus vénérable de toute, que l'on appelait notre Sage-Reine. Nous avions bien sûr des parents que nous nommions Petit-Pa et Petit-Ma et des grands- parents qui portaient donc le titre de Grand-Pa et Grand- Ma. Bizarrement, c'étaient ces derniers qui éduquaient les jeunes de la colline jusqu'à l'âge adulte et les Petits-Pa et Ma nous quittaient dès qu'ils avaient mis au monde leurs trois enfants − c'était la règle, pour que notre race perdure apparemment.
Où partaient-ils ? Je n'avais en fait jamais posé la question. C'était tellement logique qu'ils quittent le village, que nous, jeunes enfants, ne leur posions guère de questions. Une fois que les jeunes devenaient adultes, ils se mariaient, enfantaient, et partaient à leur tour. Les Petits-Pa et Ma devenaient des Grands-Pa et Ma, ils revenaient à la colline pour assumer à leur tour leur rôle de Grand-Pa et Grand-Ma.
Nous n'étions pas très nombreux. Alors qu'elle revenait de la capitale, la Sage-Reine de notre faery avait un jour dit à mes Grands-Pa et Ma que notre peuple ne comptait que trois mille âmes. Je pensais bien sûr à l'époque que cela était énorme puisque je me disais que jamais je ne pourrais connaître tout le monde.
Les Petits-Pa et Ma ne revenaient voir et profiter de leurs enfants que six fois par an. Vous vous doutez bien que c'était donc une grande occasion et que nous décomptions les jours au moins deux semaines à l'avance ! Comme, depuis le village, nous n'avions aucun moyen de communiquer avec les Petits-Pa et Ma pendant leurs missions, il avait fallu une sorte de calendrier des jours de visites. Ainsi, les trois premières concernaient les jours d'anniversaire de leurs enfants : trois enfants, donc trois jours. Le malheur voulut pour la famille Fi que les Petits-Pa et Ma enfantèrent des triplés ! Notre Sage- Reine n'avait rien voulu entendre et n'avait pas dérogé à la règle !
Puis, ils revenaient à la fête de la Ronde, qui avait lieu le dernier jour du mois de juin, à la fête de Saint-Pierre- aux-liens qui se déroulait le dix-sept août et à la fête des Semences d'hiver le dernier jour d'octobre.
La chance voulut pour notre famille que ma petite sœur, plus jeune d'un mois, naisse en mars, et que mon petit frère, plus jeune de dix, vit le jour en décembre et moi-même, la plus âgée donc, en février. Ainsi, nous voyions nos Petits-Pa et Ma de façon très répartie sur l'année soit en février, mars, juin, août, octobre et décembre.
CITEȘTI
AERCANTHIA (livre sous contrat d'édition)
FantezieNotre monde est bien plus vaste que vous ne vous l'imaginez. Nous ne pouvons en comprendre son fonctionnement. Bien des êtres ont tenté d'élucider les mystères de l'univers mais leurs connaissances n'a d'égal que leur petite prise de conscience...
