Prologue

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La guerre, le sang, le fracas des armes. Dans une tente, à l'heure où le combat allait bientôt s'engager, un jeune homme avait rédigé une lettre, celle qui pensait être la dernière de sa vie.

« Je me prénommais Yoran, et c'est peut-être mon ultime moment. Si vous trouvez ce papier, c'est que je suis mort sur-le-champ de bataille.

J'habitais une petite ferme près de la capitale des hommes, qui se fait aujourd'hui appeler "Cité des Rédempteurs". Aîné, d'une fratrie de trois, mes sœurs et ma mère eurent été pour moi, les filles les plus ravissantes du monde. Même si avec mon père les choses n'étaient pas simples, je l'ai toujours admiré. De lui, j'ai appris le métier de fermier. C'est un matin frais et brumeux de printemps que mes rêves se sont envolés.

Enrôlé de force par les gardes du roi à seulement dix-sept ans, j'ai vu des horreurs se succéder durant toutes ces années passées loin de mon foyer. Bien des amis sont morts, et je me demande si les dieux ne sont pas en réalités plus cruelles qu'on ne le pense. J'ai d'ailleurs beaucoup prié, et le sentiment d'abandon n'a fait que se renforcer. Je n'ai jamais voulu ça. Je n'ai jamais désiré aller accomplir les ambitions de mon souverain, infliger toutes ces choses ; enlever des vies à des personnes qui étaient dignes de vivre. Oui, mon ennemi ne méritait pas toujours de finir six pieds sous terre, et j'ai fait l'affront d'en épargner... beaucoup.

Si je meurs aujourd'hui, je voudrais que la vérité se sache, se propage. Les Sombres Légions, cette terrible armée, constituée de monstres, autrefois venue pour nous détruire... ils sont différents, à présent. J'ai vu dans les prunelles de ceux que j'allais tuer, plus d'humanité que dans les yeux des soldats qui se trouvaient avec moi.

Les Sombres Légions... au départ un fléau, puis une énigme pour moi. Les azerombres, les argoths, les gobelins et les splendides elfes noirs, et s'ils n'étaient pas les monstres que l'on nous dépeignait ? Et si au bout du compte l'une de leurs vies valait autant qu'une vie humaine, elfe, naine ou même Lumor.

Les seuls qui méritaient le plus la mort étaient les Viss. Ô oui, ils méritaient bien plus de trépasser.

Je ne peux davantage m'éterniser. À celui ou celle qui trouvera ce message, je n'aurai qu'une chose à vous demander : ma dernière volonté serait que la vérité soit répandue. L'ennemi change, il devient comme nous. Il faut arrêter ce bain de sang qui ne mène à rien, et qui jusqu'à lors n'a appelé qu'à la haine et à la sauvagerie.

Si je devais survivre je jure de dédier ma vie, à les protéger.

Je m'appelais Yoran, fils de fermier devenu soldat sans le désirant et aspirant à présent à être le protecteur de ceux dont j'avais juré la mort. »

Yoran survécut à sa dernière bataille. Il s'éloigna des hommes pour un lieu secret, un refuge qu'il créa et légua à ses héritiers : « L'Ordre ».

Si la guerre appelée la Purge avait comme mission finale d'éradiquer tous les monstres dits des ténèbres, le jeune homme consacra sa vie à la recherche des survivants. Durant plusieurs générations, on continua de protéger ceux qui devaient disparaître.

Un jour, dans le seul royaume noir encore connu, on apprit que le pays entier avait été ravagé par les flammes. Ceux qui en avaient été témoins, du moins, c'est ce qui se raconte, avaient vu des centaines de dragons mettre le feu. Peu après, la souveraine la crainte Vaharach « Corbeau de Brume » avait été retrouvée à la frontière de son pays, le corps cloué sur une poutre, le visage presque détruit par les mâchoires d'un animal.

Les humains se désintéressèrent de ces terres qui regorgeaient désormais de créatures étranges. La guerre avait affaibli toutes les nations qui s'étaient lancées dans cet affrontement, et il était l'heure au deuil, à célébrer la victoire, et à reforger leur royaume saigné par les conflits.

Ce qu'ils ne surent que très tardivement, c'est que dans la Tour, « château » de feu Vaharach, on découvrit dans ses entrailles, une prophétie. La stèle, sur laquelle étaient gravées les saintes Écritures, fut parfaitement conservée annonçant un élu qui allait faire entrer les races des ténèbres dans la lumière. Cet être allait les purifier, amenant ceux qui furent voués à disparaître, à pouvoir marcher à égalité avec les autres nations.

Choisie par les anciens dieux : elle sera

Née d'un sang impur de la lignée mêlée.

À la mort échappera

Pour l'équilibre devra régner

De ceux qui furent maudits deviendra le guide.

Calmant tous les maux, changera le mauvais sang transmis

Mais une telle chose pouvait-elle être vraiment possible ?

Une union peu commune.Stories to obsess over. Discover now