01 | Thomas

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Encore une fois

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Encore une fois. Encore une fois, je me réveillais en sursaut, les habits trempés de sueur, le corps tremblotant pour la énième fois de ce cauchemars incessant. Chaque nuit, il revenait me hanter. Comme un fantôme du passé qui ne voulait pas me lâcher et qui me poursuivait sans cesse. J'avais arrêté de compter le nombre de fois ou je me réveillais, nageant dans mes draps imprégnés de ma peur nocturne. Je pris mon visage dans mes mains encore moites et tremblantes, retenant avec peine mes larmes. La gorge serrée dans un étau suffocant ne laissant passé qu'un filet d'air jusqu'à mes poumons, j'essuyai les gouttes qui perlaient de mon front à mes yeux, puis je passai une main dans mes cheveux collés à mes tempes. 

Les paupières clauses, je les fermais désespérément afin de chasser les dernières bribes de ce mauvais rêve, aspirant au silencieux et rassurant néant de la nuit. Je ne souhaitais rien de plus que l'obscurité. Le vide. Le profond et apaisant silence. Être engouffré dans un puits sans fond et fermer les yeux pour ne plus les rouvrir. Je ne voulais plus penser ni souffrir. Me réveiller chaque nuit en sueur, le cœur glacé d'effroi, les yeux larmoyants. Mais la réalité était autre, et je n'avais pas le choix que d'ouvrir les yeux.

Amorphe , le corps engourdi, je sortis de mon lit après avoir jeter un œil au réveil sur ma commode qui affichait une heure ou toute personne normale et ayant cours le lendemain dormirai tranquillement. Je me dirigeai vers la salle de bain, et rinçai abondamment ma tête avec de l'eau froide. C'était mon rituel de chaque nuit depuis plus de dix ans. Je n'arrivais jamais à me rendormir après m'être réveillé. 

Après de multiples et vaines tentatives dont le résultat n'avaient été plus que pas concluant et une désagréable sensation d'étouffement, j'avais appris à me contenter du faible quota d'heure de sommeil que j'acquérais chaque nuit. Lorsque je relevai la tête vers le miroir, je ne vis qu'un visage cerné et fatigué. Les yeux rougis de mes nuits successivement interrompu contrastaient avec le bleu verdâtre des cernes, et du gris clair de mes iris, symbole qui me rappelé sans cesse mon péché, ma faute, ma culpabilité.

J'enfilai rapidement un jean et un T-shirt, sans oublier mon blouson en cuir. A quoi bon restait chez moi si ce n'était que pour tourner en rond et ruminer tout ce à quoi je ne voulais pas penser, autant me défouler et me vider l'esprit avant le début du semestre. Je pris mon sac-à-dos, mon casque et mes clés et sortis. L'air était frais mais relativement tolérables, les mois de grand froid étant déjà passés. Le ciel était encore obscure et les rues éclairés de quelques lampadaires le long des trottoirs donnaient des airs irréels au quartier. Les étoiles ne se voyaient presque plus avec toute la pollution visible jusqu'à la stratosphère. Quelques unes arrivaient néanmoins à envoyer ce qui sera leur dernier rayon jusqu'à nous. 

Un peu de buée sortait de ma respiration, je rajustai mon col et partit sur la grande route avec pour destination, l'inconnu. Je n'avais pas de projet spécial en tête, je filai juste sur la route, sentant le vent me fouetter la peau d'une caresse mordante, me ramenant à l'instant présent et plus dans mes effrayants songes. Je fermais les yeux juste une minute et lâchais le volant, une minute de pure liberté ou de pure inconscience, je ne savais pas comment définir ce sentiment grisant qui parcourait tout mon corps. Comme si j'étais au bord d'un précipice et que je mettais un pied au dessus du vide, il suffirait juste d'un pas, d'un minuscule déséquilibre pour basculer complètement dans le néant. Juste un pas. Je me laissais guider, emporté par le vent comme l'insignifiante poussière que j'étais. Mon cœur semblait exploser à tout moment, si bien que le compteur de ma moto n'aurait pu suivre ma tension. L'adrénaline circulait dans mes veines, comme une drogue dont je ne pouvais me passer. C'était ma dose d'héroïne, celle qui me permettait de me sentir vivant.

Marshmallow HeartWhere stories live. Discover now