Aujourd'hui, il pleut sur la ville lumière. Personne ne traîne dans les rues, il fait bien trop froid et humide pour cela. Moi, je contemple le paysage nocturne de la fenêtre de ma chambre. Même s'il avait fait beau, je suis sûre que mon père ne m'aurait pas laissé sortir. Je suis ce qu'on pourrait appeler un oiseau en cage. Depuis que je me suis faite mordre par un vampire étant enfant, père ne m'autorise plus à quitter la maison. Il n'est pas méchant. Juste surprotecteur. J'étouffe ici. J'ai tout ce que je veux, les servantes sont aux petits soins avec moi... Mais je veux plus de libertés. Je veux pouvoir connaître d'autres personnes que les domestiques, je veux connaître la ville de Paris plus en détails, plus que cette pauvre rue que je vois tout les jours à travers ma vitre. Je soupire et détourne mon regard alors que Maria m'appelle pour prendre mon bain. Je n'ai déjà plus ma robe. À notre époque, il faudrait presque un mode d'emploi pour pouvoir les mettre ou les retirer. J'ai maintenant une sorte de dessous de robe blanc en coton, assez large pour que je sois à l'aise. D'un pas las, je vais dans ma salle de bain et immédiatement, la brume de l'eau chaude me frappe le visage tandis que des odeurs de rose imprègnent mon nez. Maria est debout, à côté de la baignoire avec un sourire aux lèvres. Je peux voir qu'elle est satisfaite de son œuvre.
-C'est prêt mademoiselle.
Je la regarde un long moment. Maria est vraiment une femme sublime. Elle doit avoir dans la vingtaine. Ses longs cheveux blonds sont attachés en une queue de cheval basse posée sur son épaule alors que ses yeux violets et profonds me regardent tendrement. Elle a été tellement longtemps à mes côtés que j'ai l'impression qu'elle fait partie de la famille. Je m'approche de la baignoire et la servante ne perd pas de temps pour retirer les derniers vêtements que je porte. Je me glisse ensuite dans l'eau chaude. À la surface, des pétales de roses flottent agréablement. Certains s'emmêlent dans mes longs cheveux noirs. Je ferme les yeux et me détend alors que j'entend Maria quitter la pièce, sûrement pour aller préparer mon pyjama.
Il y a quelques temps, j'ai essayé de partir d'ici. De m'échapper de cette cage dorée. J'ai essayé mais à chaque fois, les domestiques me trouvaient puis me ramenaient à la maison, sans oublier d'en informer mon père qui venait dans la minute pour me faire un sermon. Je ne connais pas ma mère. Apparemment, celle-ci aurait disparu après ma naissance, sans laisser de traces. Personne ne sait pourquoi elle a prit une telle décision, même pas mon père. Il m'a raconté que je ressemblais beaucoup à ma mère. Apparemment, je possède les même yeux : dorés, avec une pupille presque féline. Elle, elle était blonde. De longs cheveux blonds et ondulés qui en faisaient rêver plus d'une. C'était, de ce que j'en ai entendu, une femme gracieuse et aimable avec tout le monde. Elle se nommait Charisma Amaya. J'ai également un grand frère. Il se nomme Tamani. C'est un garçon extrêmement intelligent, et lui, au moins, il a le droit de sortir de cette maison. Souvent, je lui demande de me raconter ce qu'il a fait de sa journée. Il me conte alors ses « aventures » et me décrit tout les endroits par lesquels il est passé. Sur le moment, il peut paraître froid, je l'avoue, mais dans le fond c'est quelqu'un de gentil et protecteur. Je crois ne jamais l'avoir vu s'énerver ou perdre son calme. Il n'était pas là lorsque le vampire m'a attaqué. Je me demande comment il aurait réagi...
Instinctivement, je passe ma main à mon cou. Ce dernier dévoile une cicatrice. La marque de deux crocs guidés par la soif de sang de leur propriétaire. Alors que j'en effleure les contours en frissonnant, quelqu'un m'attrape la main fermement. Je sursaute et écarquille les yeux avant de les lever vers Maria qui hoche la tête négativement.
-Mademoiselle, il est inutile de vous faire du mal.
Je soupire. N'en pouvant plus d'être enfermé ici, il m'était arrivé de gratter mes cicatrices jusqu'au sang. Je crois que ça l'a traumatisé que je fasse ça. Maintenant, elle ne me laisse plus toucher mes cicatrices, de peur que je recommence. Je regarde Maria puis lui fait un sourire rassurant alors que ma main se repose dans l'eau. Elle me rend mon sourire, puis repart dans ma chambre. La vie ici... Est vraiment compliquée.
Après mon bain, je retourne à ma fenêtre. Ce soir, les nuages couvrent la lune. Je fixe le ciel, presque hypnotisée. Il pleut tellement qu'on pourrait croire à une fin du monde. Le vent hurle dans les rues de Paris, rendant le tout un peu plus effrayant. Les volets claquent contre les murs. Je soupire quand soudain, une main se pose sur mon épaule. Je reconnais immédiatement cette main bienveillante.
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Lunarium
FantasyParis. XIXe siècle. Cette nuit là, les rues de Paris étaient éclairées par une lune écarlate. Celle-ci portait son lot de légendes. On racontait que cette lune teintée de sang marquait la naissance d'un nouveau vampire en ce monde. L'idée que de tel...
