Le soleil glissait sur l'horizon.
La chaleur estivale avait diminué mais des gouttes de sueurs persistaient à se frayer un chemin sous sa chemise. L'air ne tarderait cependant pas à se rafraichir drastiquement et cette humidité sur la peau accentuerait un froid contre lequel il ne pourrait lutter guère longtemps.
Il se contenta de remonter ses manches une énième fois et s'essuya le visage avec l'une d'elles.
Son chemin s'arrêterait bientôt, la lisière n'était plus très loin. Quelques pas... quelques foulées de plus et... il vit le feuillage des arbres s'élever jusqu'à toucher le ciel. Toucher les nuages. Toucher le Divin.
Il murmura une courte prière à Dieu et tira les rênes de son cheval pour mettre fin à son rythme de cavale, le ramenant ainsi au pas. Il n'irait guère plus loin. Sur le versant de la colline s'élevait la plus vieille forêt du monde, disait-on. La Forêt d'Hyl.
Derrière elle, le néant.
Le bout du monde.
Il était au bout du monde.
Keys se réinstalla plus confortablement sur sa selle, lâchant la bride, et attrapa la gourde qui pendait à sa ceinture. Il en but deux grosses gorgées et en versa au creux de sa paume pour en asperger son front et l'encolure de son cheval.
- Ca y est. On est arrivé, mon gros.
Il sourit. Il était parti plusieurs jours plus tôt pour pouvoir contempler là où le monde s'arrêtait, et n'était, comme toujours, pas déçu du résultat. La lumière rasante du crépuscule accordait à la forêt des teintes irréalistes, et l'apparition des couleurs automnales accentuaient le mysticisme des lieux.
Il faisait ce voyage une à deux fois par an. Eté, automne, hiver, printemps... qu'importe la saison, il entreprenait la route selon l'intensité de son besoin, le temps ne lui importait guère. Il venait ici par nécessité, pour prendre du recul, se calmer, réfléchir, se recueillir. Il venait mander les conseils de Dieu pour mieux avancer dans la vie.
Cet endroit était le bout de son monde.
Et le début de celui du Divin.
Les arbres scellaient la liaison entre les deux.
Keys sauta de la selle.
Menant son cheval par la bride, il l'attacha à un jeune arbrisseau et après avoir flatté une dernière fois l'encolure de son compagnon, il se rapprocha de l'écorche des vieux chênes.
Keys posa une main tremblante sur celui qui lui faisait face et ferma les yeux à son contact. Rien. Puis l'énergie pure du végétal se déversa brutalement en lui, parcourant chacune de ses veines, électrisant chacun de ses nerfs, n'omettant aucune partie de son anatomie, il se sentit empli d'un fluide vital plus vif que n'avait jamais été le sien. La vie animait chaque parcelle de son corps.
Cette sensation dura seulement quelques secondes, pourtant, au moment où Keys retira sa main, il lui sembla s'être écoulées plusieurs heures. Il crut à la nuit en rouvrant les yeux, mais il s'agissait de l'obscurité de la forêt ; derrière lui, le ciel se colorait toujours des rayons diurnes.
Keys baissa la tête pour murmurer de nouvelles paroles à Dieu. Il se sentait capable de conquérir le monde ! Non, pas de le conquérir, c'était contre les principes divins, l'idée d'usurper la place des élus de Dieu en se proclamant Maître... Il se sentait capable de parcourir les terres de long en large, de répandre le message de paix de sa religion, et ce même dans le cœur des malfrats aux veines les plus corrompues par la haine et l'avidité.
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Vocationem Veritatis
FantasyS'il avait su que ce voyage s'achèverait aux tréfonds du monde, il n'aurait probablement jamais quitté son petit confort. A moins qu'il eut choisi de partir plus tôt encore. Keys, entrainé par une étrange rencontre, décide de disparaître du domaine...
