La branche
Sa calvitie joue avec la lumière vacillante des bougies. Il triture sa casquette. Absent,
il est parti pour un voyage dans le temps. Il est comme la branche d'un arbre torturée, d'une beauté poétique. Pour arriver en France, il a traversé le Mékong dans les eaux tièdes du ventre de sa mère, Phuong Lê, morte, peu après sa naissance. De cette brève rencontre, il lui reste une faim de liberté et des yeux en amande malicieusement pétillants.
Aimable, c'est le nom que les nonnes maladroites lui ont donné, a grandi dans un orphelinat. Intelligent et rebelle comme une pousse sauvage, Aimable, ne l'est que pour ceux qui méritent sa confiance. Il affiche au quotidien, une courtoisie héritée de ses ancêtres vietnamiens que les gens méprennent pour de la gentillesse. Le plus souvent,quand Aimable pense « merde », il sourit d'un air affable et incline la tête doucement. Il a roulé sa bosse. Fait de l'oseille, perdu du fric, tâté du cul, tété du sein, menti, séduit. Puis à Semon sur Vialle, il s'est macqué, et s'est fixé par voie de conséquence, en devenant, le jardinier homme à tout faire, d'une gamine de dix-sept ans à la chevelure incendiaire. Il n'a pas amassé mousse. Si son corps prend de l'âge, l'homme reste agile et toujours en mouvement. Il assure la pérennité du jardin, et du verger séculaire du domaine des Semon-Couttange. La gamine payait bien, et devenant femme, elle a fait de lui un jardinier nanti. Plein aux as le Van Tran ! C'est son ex qui en grincerait du bec ! Blindé et toujours la même casquette, la même veste bleu de Chine et ses yeux qui voient tout sans donner l'impression d'enregistrer quoi que ce soit. Parce qu'il a vu les ombres grises qui s'évanouissent subitement quand il travaille au jardin ou dans la serre , il a vite compris que sur ces terres le silence règne. Il aime ça. Diane , la mère de Réjane. Lui a appris ce que les nonnes avaient oublié de lui transmettre : Le sens du secret, de la loyauté et la valeur de la vie. Ancien légionnaire, c'est ce qui lui a donné plus que tout, le sentiment d'être enfin chez lui. Lorsque Diane décéda, sa fille pris la relève. Et à son tour, il lui enseigna les arcanes de ce monde. Il ferait n'importe quoi pour cette petite.
Il tâte le fond de sa poche pour vérifier. Il a la fiole. Il a déposé sur l'autel la rose sur son coussin de velours. Ce matin, il est allé à la serre. Une serre dont peu connaissent l'existence. On y cultive la rose Couttange. La première fois que Diane, la mère de Réjane lui en avait parlé, il avait compris que de son attitude dépendrait son avenir au château.
-« Depuis des siècles cette rose est indispensable aux femmes de notre lignée. On dit que c'est pour ça que les femmes Couttange ne quittent jamais le hameau. Niaiseries. J'ai voyagé, et je vais bien. Il suffit que j'emporte toujours avec moi un peu de son élixir dans cette fiole. Nous aurons l'occasion d'en parler. Pourquoi vous ai-je fait venir? Parce que vous savez parler aux plantes. Je vous ai vu. Je vais avoir besoin de vos services. C'est la raison de votre présence. ».
Elle avait ouvert la porte d'une cabane qui n'avait l'air de rien, mais qui abritait un système de distillation ultramoderne.L' âme de voyou de Van Tran avait fait des bons. Il y avait de quoi fabriquer de la gnôle top qualité ! :
-«Je vous apprendrai tout. Je sais que vous pouvez garder un secret »
Il avait opiné du chef sans un mot. Ils s'étaient mis au travail.
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Les petits bouquets.
ParanormalChez les Semon-Couttange un secret circule depuis des siècles de femme en femme . Un lien puissant les attache à cette terre berceau de la rose "Couttange" aux pouvoirs étranges. Réjane la dernière héritière du domaine est aux abois. Pour s'en sorti...
