Entre Deux. Entre deux clans, entre deux croyances, entre deux royaumes, entre deux missions, entre deux familles et biens sûr, entre deux garçons. Que fait-on lorsque ce qui est censé nous repousser nous séduit ?
Lucy, une jeune fille de 17 ans, m...
Je me retournai calmement. J'avais l'habitude que la tisseuse me surprenne de cette façon, elle qui était toujours porteuse d'un précieux message confié par le roi, ou plutôt, par mon père, qui s'obstinait à ne pas me laisser de faveures malgré ma position hiérarchique. N'était-il pas capable de me faire parvenir un message lui-même, que ce soit à voix haute ou par colombe? Parfois, on aurait dit qu'il me méprisait, moi, son fils qui n'avait jamais rien accompli d'extraordinaire... Je repris mes esprits. Vairë me parlait.
- Le conseil demande à te recevoir dans un écoulement de sablier. Je suis chargée de te le dire et aussi de t'apporter ceci.
Elle me tendis un large paquet de ses mains noueuses, habitués à entrelacer fils après fils depuis une cinquantaine d'année. Je la remercia en m'inclinant, puis je rentrai au château. Le prochain sablier vide n'était pas avant longtemps.
Une fois arrivé au palais royal, je montai les grands escaliers en colimaçon qui menaient au quatrième étage, où se trouvait ma chambre. Je m'assis sur mon lit, fait de bois de frêne, construit par la main de mon grand-père Valaraukar, alias le démon de la puissance. Je ne savais pas pourquoi ce lit était encore dans le château, puisque Valaraukar avait basculé dans les forces noires de Durtuhang il y a de cela quelques siècles. Je m'en souviens encore. Ça avait été un tel scandale que mon père s'était ouvert les veines dans un sacrifice de la pleine lune rouge, afin de prouver que si il le pouvait, il se viderait de son sang qui lui provenait de cet ancêtre immonde. Depuis ce jour, notre famille était un peu moins respectée et des rumeurs couraient que Valaraukar avait agis de la sorte seulement pour humillier mon père et ses descendants, c'est à dire moi.
Le paquet contenait des habits de cérémonies. Ceux qui étaient d'habitude réservés pour les grandes rencontres, les unions, ou les acceuillements des nouveaux nés du printemps. Je sortis en premier une longue toge blanche, brodée de feuilles sur les coutures. Un pantalon de soie fine l'accompagnait, orné des mêmes motifs fins. Je compris pourquoi c'était la tisseuse qui m'avait remie ce paquet. Ces merveilleux accoutrements ne pouvaient provenir que de sa main experte. Mais je n'en fût pas ravi. Je n'avais aucune idée de pourquoi mon père m'avait commandé ces vêtements, ni pourquoi il voulait me recevoir au conseil, et j'en avais un peu peur. Tout en contemplant l'oeuvre de la couturière, une lettre tomba du pantalon. Je la ramassai avec précaution. Il n'y avait rien d'écrit sur le dessus. Je décidai donc de la retourner pour rencontrer le sceau de ma famille, qui était représenté par un cerf avec des bois majestueux, où des feuilles avaient poussées. J'ouvris la lettre, où je pus reconnaître avec facilité la main de mon père. Son écriture était la plus belle d'Aleulin. Je lu à mi-voix.
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Traduction: Mon cher fils.
Voici un habit que la couturière a conçue pour toi en ma demande. Tu dois le porter lors du banquet auquel tu es invité aujourd'hui, après le 52eme écoulement de sablier. Le conseil et moi-même avons de grandes nouvelles pour toi, tu auras toutes les informations pendant le banquet. V.
J'entendis les cloches du sablier sonner. J'étais en retard. Je m'habillai à la hâte, passa un coup de brosse dans mes longs cheveux dorés et avalai un pastille de sève de sapin pour l'haleine. Je dévalai les marches et manquai foncer dans notre bonne, Eärendur, qui me réprimanda doucement. «Où cours tu comme ça, noble prince? Tu vas te briser quelque chose!» Je ne pris même pas la peine de lui répondre. Je traversai la cour du château, et entrai par une autre porte de derrière. Mon passage secret favori. J'aboutis dans un couloir sombre et peu fréquenté de notre demeure. Quelques instants plus tard, j'étais dans le couloir adjacent, qui donnait accès à la porte de bois, derrière où se déroulaient les banquets. Je la poussai, des papillons pleins le ventre. Les membres du conseils étaient tous attablés autour d'une longue table pleines de vivres. Au bout, mon père, l'air embarrassé par mon retard, se tenait, les sourcils froncés de mécontentement. - Nous t'attendions, mon fils, dit-il sèchement. Prends donc une place et essaie de ne pas faire honte à notre nom plus que tu l'as déjà fait. - Désolé père, je n'avais pas vu le temps passer, dis-je en allant m'asseoir à l'autre bout de la table, sachant que ce n'était pas une excuse valable.
Tout le conseil avait les yeux rivés sur moi. Je commençai à manger et tout le monde fit de même. Après que j'eu englouti la moitiée de ma salade composée d'achillée millefeuilles, de plantain et de trèfle, le roi, qui me servait de père, pris la parole. - Vorondil, comme je l'ai dit dans mon message, le conseil et moi avons de grandes nouvelles pour toi. J'ai une mission à te confier. Il pris une pause dramatique, où j'évitai son regard, sans savoir pourquoi. Tout le conseil applaudit poliment. Puis, il repris la parole, apparemment content de l'effet que son annonce avait eu. Écoute moi bien, car tu pars demain. Comme tu le sais, ton grand-père Valaraukar s'est marié avec Nennvial, la veuve du monde de Durthuang. Ils eurent un enfant, Daeron, qui signifie le tourmenteur. Tout le monde sait à quel point les elfes noirs méprisent les autres espèces de notre nation et les massacrent chaque jour. Mais tant qu'ils respectent leurs territoires, d'après le traité de Grysdel, nous ne pouvions rien faire. Mais des sources anonymes nous ont affirmés que les elfes noirs préparent quelque chose de plus grand qu'à l'habitude, et qui nous concerne. - Quel est cette chose père? - Nous ne le savons pas encore. Les sources anonymes ont été tuées par des soldats de Durthuang. C'est pourquoi nous avons besoin d'un espion. - Moi, père? Vraiment? - Non pas toi! Attends que je finisse. Une seule personne en est capable, et c'est une fille, hybride entre humaine et elfe, qui habite le monde des humains. - Pardon père ai-je bien entendu? Une hybride? Humaine? Pourquoi est-elle la seule à pouvoir nous aider? - Les humains ont une certaine résistance face à l'exposition à la magie noire. Mais nous avons besoin de quelqu'un qui nous ressemble, d'où l'hybride. Et la seule que nous avons trouvés s'appelle Lucy King et elle habite les "États-Unis". - Qu'est-ce ? - Leur territoire. Maintenant, tu as surement deviné en quoi consiste ta quête. - La trouver père? La ramener à Aeluin? - Exactement. Tu passeras par le portail demain, au second écoulement de sablier. J'y serai personnellement. - Mais père, êtes-vous sûr qu'une telle personne puisse bénéficier de notre confiance? - C'est notre seule espoir. Une fois que tu auras accomplis ta mission, du prestige et une grande récompense t'attendront. - Merci père. Je suis très reconnaissant que vous placiez autant de responsabilité sur mes épaules. - Le destin d'Aeluin est entre tes mains.