Hell under Earth

557 25 2
                                        

Le soleil était écrasant en cet après-midi d'août. Martin sentait la chaleur imprégner chaque pore de sa peau, l'enveloppant dans un cocon brûlant, trempant sa peau de sueur. Au moins il était à l'air libre, il pouvait respirer l'odeur du sable, en provenance du désert, qui piquait l'air et qui se mêlait agréablement à la fumée de sa propre cigarette. Son regard se posa sur la maison qui faisait face à la mine dont il était sortie cinq minutes plus tôt pour prendre sa pause. La petite habitation appartenait au maître d'école, Yann, que Martin connaissait de vue pour passer devant sa maison chaque matin et chaque soir en sortant de la mine. La quarantaine, cheveux grisonnants, souvent en bataille, les doigts parcourus de tâches d'encre, semblables aux traces de charbon qui recouvraient les mains du jeune ouvrier, les yeux bleus clairs souvent dissimulés derrière de grandes lunettes.. il lui faisait toujours un petit signe quand il le voyait et à chaque fois son cœur manquait un battement. 

Le jeune homme secoua la tête pour chasser l'instituteur de ses pensées et écrasa sa cigarette sur le sol sablonneux et brûlant. Il devait y retourner. Il se tourna vers l'entrée de la mine, ratant par la même occasion le mouvement presque imperceptible du rideau d'une des pièces de la maison voisine, qui cachait des yeux curieux qui ne manquaient pas un seul de ses mouvements. Il fit face à l'entrée béante du tunnel descendant vers les sous-sols, telle la gueule d'un monstre près à le dévorer vivant. Il soupira puis prit une profonde inspiration pour se donner du courage. Il pénétra dans les ténèbres sans se retourner. 

****************************************

Yann ressentit un frisson d'angoisse en voyant le jeune homme pénétrer dans le tunnel, comme à son habitude. Il semblait si petit face à ce monstre de bois, de pierre et de charbon, qui crachait parfois du feu et du souffre. Les accidents étaient nombreux dans la mine et des vies étaient fauchées sous les pierres et la poussière. Il avait eu l'occasion de visiter les parties les plus sûres de la mine avec ses élèves il y a quelques mois. Alors que le chef de secteur leur expliquait le système des trains sous-terrains et comment ils avaient construit les rails qui les emmenaient dans les entrailles de la terre, son regard avait été attiré par une lumière qui venait jouer sur les roches en face de lui. Il s'était retourné et son regard avait été happé par la forme du jeune ouvrier qui venait remplacer sa pioche abîmée. Ses yeux avaient avidement caressé la forme des bras luisants sous la lumière ténue des lampes, les muscles qui se mouvaient sous la peau, le ventre plat que laissait entrevoir le t-shirt blanc tâché de charbon. Il était remonté jusqu'au visage, avait à peine eu le temps d'entrevoir les lèvres roses et charnues avant que son regard ne soit capté par deux orbes foncées qui le dévisageaient. Il avait rougi et s'était détourné, gêné par le désir irrésistible qui s'était réveillé au creux de son ventre. Il n'avait pu s'empêcher de le regarder une dernière fois dans sa direction alors qu'il montait dans l'un des wagons qui allait les emmener, lui et ses élèves, dans les profondeurs. Un dos fin et musclé était apparu dans son champ de vision et alors qu'il descendait plus bas, le feu s'était étendu. Le soir, il s'était hâté de se rendre à la fenêtre de sa cuisine pour voir les mineurs sortir et rentrer chez eux. Il l'avait vu de nouveau, marchant seul, la tête droit, les yeux vagabondant au loin et il avait su à cet instant que voir cet homme tous les jours serait l'étincelle qui manquait à sa vie si terne jusqu'à présent. 

*****************************

Yann s'activait devant son évier, tout en scrutant l'entrée de la mine qui était illuminée par des lampes. De nombreux ouvriers n'étaient pas sortis à l'heure habituelle et le jeune professeur ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. La première détonation manqua de le faire tomber. Il se raccrocha in extremis au rebord du meuble. Quelques secondes plus tard une seconde détonation,plus forte que la précédente vint de nouveau faire trembler les murs. Au loin des cris se firent entendre. Affolé il se précipita à la fenêtre pour voir la mine, mue par un pressentiment funeste. Il sentit son cœur se décrocher de sa poitrine en voyant les flammes qui jetaient leur terrible lueur sur les parois d'un des tunnels sur lequel donnait l'entrée de la mine. Un flot de silhouettes sombres se ruait à l'air libre et avant que Yann ait eu le temps de réfléchir, ses jambes l'avaient porté dans leur direction. Nombres d'entre eux portaient des camarades blessés ou mal en point vers l'extérieur. Des lamentations des familles des mineurs venues voir le monstre se cabrer et menacer d'engloutir les êtres chers déchiraient le voile sombre de la nuit. Yann sentait son cœur s'emballer alors qu'il cherchait dans chaque visage couvert de suie celui de l'home qui hantait ses pensées. De ce qu'il avait entendu sur Martin, c'est l'un des mineurs les plus intrépides, celui qui n'hésitait pas à descendre plus bas que les autre, à y rester le plus longtemps aussi. Soudain il vit deux hommes à la carrure imposante sortir en portant un homme dans leurs bras. Il reconnut immédiatement l'homme qui lui causait tant d'inquiétude et se précipita vers eux. Il connaissait le plus vieux des deux hommes, Marc, avec qui il avait été à l'école. Il lui demanda comment allait son collègue, et ce dernier lui répondit qu'il allait bien mais qu'il avait reçu une roche sur la tête lors de l'éboulement alors qu'il tentait d'aider des amis déjà pris au piège. Yann tourna son regard vers le visage de l'apprenti sauveur et fut frappé par son aspect juvénile, les yeux clos alors que Marc le déposait sur le sol. Déjà les paupières papillonnaient, et les orbites s'agitaient sous les paupières : il reprenait doucement conscience. 

In the minesStories to obsess over. Discover now