Préface

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                    La dernière fois que je l'ai vue, je n'avais que douze ans. Trois ans ont passé... toute une vie. Je ne sais pas ce qu'elle devient. Sans aucun doute, elle a bien grandi. Est-elle plus raisonnable ? A-t-elle gardé son instinct de prédateur ? Cet instinct qui me donnait envie de croire en une possible issue. Elle était forte mon amie. Elle savait espérer. Mais, il me semble bien que, comme moi, elle commençait doucement à s'immerger, à perdre pied.

Au début, je lui enviais cette capacité de croire que l'Homme changerai. Homosapiens, homosapiens... Mais aujourd'hui, ce mot sifflant résonne en moi. On m'a toujours appris qu'il signifiait une certaine apogée de la nature humaine. Que j'étais crédule. Homosapiens était beau, était fort, était grand.

Aujourd'hui et depuis qu'elle est partie, j'ai compris la réalité. On m'a fait croire que nous étions supérieurs. Quelle dégringolade ! On ne me l'a referai plus, c'était certain. Homosapiens n'était que mal, guerres, famines. Et surtout, il était souffrance. Non satisfait de s'autodétruire, il se délectait aussi de la souffrance des autres. Des animaux. Des végétaux, même. Et, si l'on me parlait d'une quelconque misanthropie, j'aurais des montagnes d'arguments pour vous défaire de vos petites convictions d'Homme-mouton.

Pauvre mouton que celui dont on moque le caractère. L'humble mouton appelle-t-il son congénère «Homme » lorsque celui-ci agit de façon insensée ? Non, je ne crois pas. Et si vous me dites que c'est parce qu'il n'en ai pas capable, je me moquerai de vous en rétorquant, heureusement pour nous, il en est incapable.

Vous savez, ce terrain vague où Paloma et moi jouions tous les jours, et bien, maintenant, il y a de grandes tours à la place. Des immeubles affreux dans lesquels on entasse le plus de monde possible. Et le grand marais d'à côté a été asséché pour construire un centre commercial nommé ironiquement « Les eaux douces». Je ris avec amertume quand je pense à tout ça. Et oui, tout a changé.

Inutile de parler de cette sourde douleur qui à chaque fois m'étreint. Elle est cruelle et je pense qu'elle éprouve un certain plaisir à m'achever. Des fois, elle arrive par derrière et m'enfonce un couteau mal aiguisé dans le dos, dans la nuque. Je m'effondre aussitôt. Je me dis que je souffre d'un mal dont j'oublie toujours le nom. Un mal. Nostalgie. Ou plutôt ce mal, c'est comme une angoisse violente à l'idée de l'avenir.

Je suis désespérée de cette terre. Non, pas de la Terre. Je l'aime plus que tout autre. Ce sont les humains qui polluent cette mère nourrice. Ils me sont répugnants, abjectes. Et je souffre de les voir tant faire souffrir.

Quelques fois, et, de plus en plus régulièrement, il m'arrive des ces crises d'un mélange d'angoisse et de trop-plein. J'éructe, je crache, je souffre plus encore. Ces crises, on ne sait pas d'où elles viennent.

J'aimerais aimer l'Homme, comme tant d'autres qui se posent moins de questions. De temps en temps, j'y parviens. J'aime l'architecture des citées, les grandes mathématiques, les écrivains et le prestige de leurs ouvrages et tous ces arts qui nous différencient des autres animaux.

Mais, finalement, tout finit par redevenir comme avant et le dégoût s'installe à nouveau. Personne de mon entourage n'est ainsi. Personne ne m'a appris à être ainsi. Alors, d'où vient tout la haine que je porte en moi, cachée dans les plus sombres recoins de mon âme, tout au fond de mon cœur ? Au final, je crois que je deviens comme mon père avec son regard dur et sombre. Ses manières froides qui lui donnent un air insensible me glace de plus en plus. En fin de compte, nous sommes tous les mêmes, de simples êtres perdus jetés sur la grève avec pour seul défense, l'esprit tourmenté dans lequel ils se réfugient.

Et si nous pouvions...Stories to obsess over. Discover now