Une revelation des plus tristes

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C'était hier, en cours, que je m'ennuyais et rêvassait. Je me laisser divaguer l'esprit comme une feuille d'automne dans un vent d'hiver, quand en pensant à tous les liens que j'ai tissé avec tous ces gens formidables, ces amis incroyables, tous ces gens que j'aime, ceux que j'aime tant, un jour n'existeront plus et moi de même. Vous vous direz au premier abord, oui. Évidemment. La mort, tout ça... mais non,  cette mort-ci vient bien plus tôt. Elle est plus subtile, plus fourbe, et,la seule manière de la fuir est d'aimer, ou de haïr. Cette mort donc, est celle qui m'arrivera, lorsque l'année prochaine des amis partiront, l'année suivante je partirai. Et à l'instant même où ils auront disparu de ma vue, ils auront déjà commencé à disparaître de mon existence, il n'existeront plus que par de très vagues souvenirs resurgissants deçà delà au fil de mes mélancolies. Et moi aussi, je disparaîtrai. Pas mort, pas en vie, un vulgaire souvenir qui se gomme avec le temps comme un dessin de craie sur le mur d'une école. Lorsque je partirai, lorsqu'ils partiront, nous cesseront d'être, l'un envers l'autre. Quelle horreur.
Mais malheureusement là est la triste solitude de nos esprits. De nos mémoires. De nos vies. La, à l'instant où vous lisez, à l'instant où j'écris, à l'instant où j'y pense, quelqu'un de proche à mon âme est proche physiquement. La salle d'à côté, la maison en face, la rue voisine... je les connais, ils me connaissent, mais pourvu qu'ils ne soient pas en face de moi, je ne saurais détailler précisément à quoi ils ressemblent. À vrai dire, plus j'y pense plus ils deviennent flous, un détail qui s'échappe. Pourvu que je ne les entende pas, leur voix sonnera faux en moi, et leurs mots resteront un mystère. Si ces proches que je connais par cœur, que je peux presque visualiser parfaitement, entendre rire et pleurer dans mes mémoires, imaginer proche de moi, si ces gens ou choses ou animaux ne sont pas réellement à mes côtés, ils seront vides. Vides de sens, incomplets, une silhouette vue à travers un miroir trouble. Désespérément seuls. Drôle de condamnation, la pire des constatations.
Cette chambre est sombre, mais il y a une lumière dans le couloir. Dehors aussi. Il fait nuit, presque complètement. Seul un petit lampadaire tance sa lumière jaune sur les basses branches de l'un des grands arbres de la rue. Cet arbre, je le connais. Je ne suis pas dans Ma chambre, mais je sais à quoi il ressemble de jour. Pourtant dans l'ombre, il est presque méconnaissable et ressemble à tous les autres, et sous les éclats des faux soleils des barres nues que sont nos lampadaires, il paraît différent. Nos esprits seraient ils donc comme nos nuits? Et si ces gens que nous connaissons peu ou pas, juste de vue, ou qui nous laissent indifférents. Et si ces gens là étaient comme ces arbres dans la nuit, des formes que l'on distingue, mais qui se ressemblent toutes et impossibles à redéfinir? Nos amis, ennemis, proches, amours, sont donc semblables à cette branche dénudée de feuilles en cette fin d'hiver français, visible mais dont la lumière qu'apportent nos mémoires donne des ombres et creux différents de leur aspect naturel?  Nos mémoires sont de petites lueurs alimentées par des rencontres et des expériences, renforcées par les liens, mais qui inexorablement déclinent et s'éteignent lentement si rien ne vient les raviver.

ArianneWhere stories live. Discover now