Werewolf

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À mon réveil, la première chose que je vis en ouvrant les yeux fut le plafond immaculé de ma chambre plongée dans la pénombre. Je poussai un soupir de lassitude, puis sortis de mon lit en traînant les pieds, la tête lourde, avec le pressentiment que je ne me rendormirai pas cette nuit. Je me sentais mou et privé de force, pourtant, en voyant mon dîner, je passai à coté sans le toucher. En apercevant les couverts et le gobelet en plastique, je sentis soudain une rage sourde m'envahir. Une chaleur familière commença à s'infiltrer dans mes veines tel un poison. À force de la subir, je savais cette colère intérieure impossible à contrôler, et encore plus difficile à endiguer. Avant, j'arrivais à peu près à me calmer, mais l'intervalle entre chaque manifestation s'était, à mon grand dam, considérablement réduit depuis que j'avais été amené ici.

Je me dirigeai vers ma fenêtre pour en écarter le rideau et la lumière nacrée de la pleine lune m'inonda, sa douce clarté éclairant à présent la pièce. Je sentis un mal de crâne pointer le bout de son nez, ce qui m'arracha un grognement de contrariété. La douleur se faisait de plus en plus vive au fil des minutes qui passaient, se muant en brûlure intense, et ma fureur s'accentua soudain. Je tentais de lutter, bien que sachant au fond de moi que cela se solderait inévitablement par un échec. Je retournai sur mon lit en serrant les poings à m'en faire mal, enfonçant ma tête dans mon oreiller jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Au bord de l'asphyxie, je relevai la tête et pris une goulée d'air avant de me crisper. Presque malgré moi, je me redressai, et descendis pour la seconde fois de mon matelas. Mon souhait le plus cher, à ce moment, aurait été d'être capable de rester immobile. Néanmoins, ma souffrance lancinante devenue insupportable, je capitulai. L'entièreté de mon corps paraissait à présent s'embraser du feu de la géhenne, me privant de toute lucidité, me forçant à m'abandonner à mes démons. Donnant libre court à mon irritation devenue rage incontrôlée, je balançai mon plateau repas, envoyant valser tout le contenu qui s'écrasa dans un bruit de casse. Les couverts tintèrent, la nourriture vola, s'étala sur le sol, éclaboussa les murs, tandis que l'assiette et le verre se brisaient en une multitude de fragments coupants comme des rasoirs.

Les bris de verre. J'avais largement eu le temps de profiter de la vue de ces magnifiques choses, lors de mes nombreux excès de violence. Avant, il m'arrivait fréquemment de saisir tout ce qui me passait sous la main et de le fracasser, que ce soit contre une surface, ou sur quelqu'un. Pour cette raison, ils avaient retiré presque tous les objets de ma chambre, comme le vase dans lequel il y avait auparavant des fleurs. Cela dit, ils l'avaient déjà remplacé deux fois avant de me l'enlever, une logique qui m'échappait. Toutefois, les morceaux de porcelaine blanche, même s'ils n'égalaient pas la perfection unique du verre, avaient été splendides à voir. Au fil du temps, j'avais appris à voir la beauté dans la destruction, seule chose dont j'étais visiblement capable. Une décharge accentua brusquement mon supplice et je tombai à genoux, me tordant dans tous les sens. Au même moment, des pas précipités se dirigeant vers ma chambre se firent entendre. Après un déclic, la porte s'ouvrit sur trois personnes, sûrement alertées par le vacarme.

À la vue de leurs habits blancs et des seringues dans leurs mains, je perdis totalement le contrôle. Je me mis à gronder sourdement, maintenant à quatre pattes, ne pouvant plus me maîtriser. Je m'étais totalement transformé à présent, j'étais devenu entièrement loup. Je retroussai mes babines, leur lançant un regard haineux, et leur sautai dessus avec un hurlement sauvage, ma dernière partie humaine ayant disparue. Je n'avais plus qu'une idée en tête, sortir, et l'impression que la vision du ciel sans vitre entre nous était imprimée dans ma rétine. M'échapper, quitter cet endroit abominable dans lequel on m'enfermait uniquement à cause de ma nature. Oui, j'étais un loup-garou, et on me privait de ma liberté à cause de ça. On me maintenait captif pour une chose que je n'avais pas choisie, et sur laquelle je n'avais aucune d'emprise. Si je ne devenais pas véritablement fou, ce serait sans aucun doute le désespoir de l'injustice qui me tuerait.

Werewolf | OSOù les histoires vivent. Découvrez maintenant