La dernière séance. - I

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Je regardais le plafond tout le long de cette foutue séance, et pourtant, ça me faisait un bien fou de discuter avec cette bonne femme. Lui étaler les trois quarts de mes problèmes sans aucun remords, me détendait. Elle devait entendre des centaines de problèmes. Ce que j'aimais dans ces séances, c'était qu'aucune des choses qui sortaient de ma bouche étaient jugées ridicules ou pire encore, colportées à l'extérieur. Ce n'était que cette femme à la chevelure blond vénitien et moi, une petite brune, essayant d'euphémiser ses problèmes d'anxiété ainsi que les "conneries" qu'elle faisait. Du moins ce que le monde extérieur jugeait comme "conneries". Toujours euphémiser et prendre sur soi, c'était ce que je faisais en permanence et finalement c'est ce qui me perdait. Ce qui constituait mon caractère et ma force, il fut un temps, me perdait de jour en jour, me rendait incroyablement faible, dépressive, à la limite du suicidaire. Non, j'euphémise encore, j'étais carrément suicidaire. Idées noires et tout le bordel, rien de très joyeux mais finalement, l'action de vivre l'est-elle ? Même le plus heureux des connards de la race humaine n'est pas vraiment heureux. Personne ne l'est à cent pour cent, et quand bien même nous le sommes, il y a toujours une saloperie qui vient pourrir notre bonheur. Le seul moyen de pouvoir vivre simplement et purement de notre bonheur, est de cesser les altercations d'un troisième parti. Il y a toujours un emmerdeur qui émet son avis, inintéressant qui plus est, et qui n'intéresse que lui. Une telle source de problème est de révolte suscite l'envie meurtrière envers soi-même ou envers les autres. Mais dans les deux cas, étant croyante, ces actions me condamnées d'emblée au châtiment éternel. Et je ne prévoyais pas ce châtiment dans mes plans, je l'évitais au maximum.

La bonne femme, presque rousse me regardait intensément et notait chacun de mes petits gestes. Même une main passée dans mes cheveux était susceptible d'en dire long sur ma personnalité.

-Sérieusement, vous n'en avez pas marre d'écouter des personnes inconnues ? On vous étale nos problèmes à longueur de journée, dis-je.

Elle ne me répondit pas. C'était peut-être le salaire qui lui plaisait tant dans ce métier. J'essayais de penser à toutes sortes de choses pour oublier la froideur et l'angoisse de cet endroit. Ce n'était vraiment pas appréciable, le seul point positif était que le canapé en cuir marron était plutôt confortable ; à plusieurs reprises je m'étais assoupie une quarantaine de minutes et je me réveillais d'une humeur partagée entre la joie de m'être délecté d'un profond sommeil et la rage de me réveiller dans un endroit aussi austère. Un mal pour un bien qui finalement avait une once de mal. On revient à ma théorie du bonheur. J'étais dans cet endroit pour suivre ma propre "hapiness therapy" et j'avais hâte d'aboutir à quelque chose de concret. Ce jour-là était ma dernière séance. Et franchement, je sentais un léger mieux. Je savais que la dernière séance allait être décisive. J'allais enfin goûter de nouveau au bonheur, et je ne voulais juste pas m'avouer que cette thérapie avait eu un petit effet positif.

-Vous savez, je me sens vraiment débile quand vous ne me répondez pas, lançai-je.

-Ne posez pas de question sur moi. C'est vous qui suivez cette thérapie Mademoiselle Ahmad, me rappela la thérapeute Amy.

-C'est pas faux. Il semble que la séance soit bientôt terminé. Je me rends dans ma chambre, Sam devrait arriver dans une vingtaine de minutes. Il me rend rapidement visite.

Amy me fit signe de m'asseoir. Je fronçai rapidement les sourcils et lui obéis sans un mot. Elle me regarda profondément et me dit :

-Récapitulons pour la dernière fois de votre existence les événements majeurs de votre vie Mademoiselle Ahmad.

-Merde, jurai-je entre mes dents ce qui fit fortement rire Amy.

Happiness TherapyWhere stories live. Discover now