Pour léa<33

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Y'avait toi et moi, puis y'avait eux. Nous deux contre le reste du monde. Personne ne pouvait nous contrôler. On n'avait qu'une seule règle ; ne pas perdre un instant. Ils nous appelaient Bonnie et Clyde, tu sais ? Ça nous allait bien quand j'y pense. Inconscients qu'on était.

Le goût du risque - c'est ce qui nous faisait vibrer. S'approcher du feu, se brûler les ailes, sentir l'odeur du cramé puis se retirer avant d'être consumés totalement.

Pourtant c'est pas comme ça que les choses auraient dû se passer. C'était pas sain. Pas bon. Pas bien. Dans une autre vie on aurait pu s'en sortir. S'aimer et ne plus souffrir. Mais on a pas eu cette vie. On a pas eu cette chance.

J'ai pas encore décidé si ça me manque de vivre cette vie-là, mais une chose est sûre ;  toi tu me manques.

Je voulais pas qu'on en arrive là, tu sais. Mais quel autre choix on avait ? Ça venait peut-être de mon père et de son talent pour me foutre en l'air.

Ou de toi et de ton incapacité à prendre les choses au sérieux.

De notre peur commune de l'engagement.

Du fait qu'on n'a jamais appris à aimer comme il le faut.

Ou peut-être juste parce qu'on est pas foutus de montrer ce qu'on ressent jusqu'à ce que ça explose et qu'on ne puisse plus retourner en arrière.

Le truc c'est que toi et moi, on a toujours su que ce qu'on faisait était voué à l'échec. Qu'on était voués à l'échec. Mais on a foncé têtes baissées. Et on s'est pris un mur.

Les gens nous l'avaient dit, tu sais ? Qu'on allait se bousiller mutuellement et qu'on ferait mieux de trouver quelqu'un d'autre. Quelqu'un de mieux. Ils nous ont dit qu'il fallait laisser tomber. Renoncer. Abandonner. Mais pourquoi on les aurait écouté ? En plus c'était un bonus tellement jouissif de leur dire d'aller se faire voir.

Il paraît que des fois on préfère être avec les personnes dont notre coeur a besoin; même si ça bousille le reste de notre corps. Et c'est ce qu'on a fait. On a parié sur une infime probabilité, un peu par addiction du jeu - surtout par insolence de gamins en colère ; et on a perdu. Mais on en avait pas grand chose à foutre parce qu'au fond, on savait tous les deux qu'on n'avait rien à perdre.

Sauf que t'es comme la clope. Au début ça nous rend malade, la fumée dégueulasse qui envahit notre air, puis plus on consomme, plus on s'habitue. Plus on aime. Plus on a du mal à s'en passer. Et sans s'en rendre compte, on est devenu accroc. Et finalement ça ne nous dérange même pas. Jusqu'au jour où cette fumée noire a flingué nos poumons et qu'on ne peut plus respirer.

Et au final, t'étais tout. En partant de rien, t'étais devenu tout ce que j'avais à perdre. Et ça me flanquait une de ces trouilles. Plus j'avais peur te perdre, plus tu me filais entre les doigts.

Et je suppose qu'elle avait quelque chose de spécial à tes yeux. Ou c'était peut-être moi le problème. Je n'étais peut-être pas assez . Pas assez

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⏰ Last updated: Jul 25, 2019 ⏰

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SAUDADE [originale, one shot]Where stories live. Discover now