Je pousse du pied la porte laissée entrouverte, maintenant la proie des flammes, et fais quelques pas dans la salle de classe. Comme partout ailleurs, cette pièce est un véritable brasier. Les tables, les chaises, les sacs, les affaires des élèves sortis dans la panique... Tout est en train de brûler dans un rugissement assourdissant. Le haut de mon gilet relevé inutilement contre mon nez, je risque quelques pas dans cette atmosphère brulante. Malgré le nuage de fumée noire et dense qui me masque partiellement la vue je m'aperçois très vite que la pièce est vide, je ne m'attarde donc pas et fait demi-tour.
Cela fait déjà plusieurs minutes que je respire ce gaz mortel et je me sens de plus en plus faible. Chaque pas me semble plus difficile que le précédent et mes jambes vacillantes menacent de céder à chaque instant. Néanmoins, je m'obstine à continuer de chercher. Je m'accroche à l'espoir qu'il soit toujours en vie.
Le monde autour de moi n'est plus que flamme et fumée, brouillées par des larmes incapables de protéger mes yeux des émanations toxiques. La fumée me brûle le nez, m'empêche de reprendre ma respiration, m'étouffe petit à petit. L'adrénaline et la peur font battre mon cœur plus vite, consommant trop rapidement un oxygène que je n'ai déjà plus. Je savais que revenir dans les bâtiments en proie aux flammes était du suicide mais je ne pouvais me résoudre à attendre les bras croisés.
Quand l'alarme incendie a retenti, les élèves sont sortis de leur salle de cours dans une ambiance calme et détendue, heureux de manquer quelques minutes de cours. Mais très vite, la rumeur d'un véritable incendie dans les salles de sciences s'est rependue. Beaucoup ont cédé à la panique, on a alors assisté à des bousculades d'une violence inouïe, tout le monde voulant sortir au plus vite. Certains adolescents sont tombés et ont été piétinés dans le mouvement de foule, d'autres ont été bousculés dans les escaliers. Des élèves hurlaient, d'autres pleuraient. Les professeurs, malgré tous leurs efforts, ont été bien incapables de faire régner l'ordre et c'est dans le chaos le plus complet que les lycéens se sont rependus dans la cours de récréation. Tous les regards ont alors convergé vers le bâtiment des sciences. De ce dernier s'échappait des volutes de fumée épaisse. A travers les vitres qui explosaient sous l'effet de la chaleur, on pouvait deviner l'incendie qui faisait rage.
Comme des centaines d'autres élèves, je regardais avec un étrange mélange d'horreur et de fascination mon lycée dévoré par le feu quand le proviseur, à quelques pas seulement de moi, s'est fait abordé par deux lycéens totalement paniqués. Ces derniers ont expliqué à un principal impuissant que leur professeur n'était pas encore sorti du bâtiment. Le monde entier s'est écroulé autour de moi tandis que je comprenais de qui ils parlaient : leur professeur, mon père... Alors, en dépit des cris de surprise et d'horreur de la foule, des supplications de mes amis et des sirènes de pompiers qui retentissaient dans le lointain, je suis allée droit vers le bâtiment des sciences, en plein cœur de l'incendie.
Je pousse une nouvelle porte du bout du pied et me prépare au pire. Plus le temps passe et plus je crains de retrouver le corps sans vie de mon père. Mais la même fournaise vide que précédemment m'attend. La chaleur ambiante est telle que ma peau rougie est couverte de cloques. Mes vêtements commencent à s'embraser et mes cheveux, malgré la protection relative que leur offre ma capuche, roussissent. Au plafond, un néon explose, libérant au dessus de moi une pluie de verre et d'étincelles. L'épaule de mon gilet s'enflamme. J'hurle d'effroi et tape frénétiquement dessus. La main et l'épaule douloureuse, je sors à reculons de la salle. Je suis arrivée au bout du couloir sans trouver personne. Il ne me reste que l'étage à fouiller. Je retourne donc vers le hall du bâtiment pour y monter.
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The Elements
FantasyKiana aurait du mourir dans l'incendie qui à ravagé son lycée. Pourtant, à la surprise générale, elle s'en sort saine et sauve. Alors qu'elle tente d'oublier l'accident et de reprendre sa vie de lycéenne, la jeune fille semble être la source d'ét...
