Seul avec ma tante bien trop bavarde dans la voiture, je regarde le paysage qui m'est inconnu défiler devant mes yeux : la forme des arbres floutée par la vitesse, la route qui me semble interminable et ce ciel éternellement gris. Nous sommes partis Mercredi à huit heures, nous sommes samedi, il est quatorze heures, nous roulons depuis maintenant soixante-dix huit heures et ma tante ne cesse de dire qu'il nous reste encore une heure et demi de route. Une heure et demi de supplice encore... Heureusement, elle ne vivra pas avec moi, j'aurai de quoi 'survivre' seul, en quelques sortes.
Je ferme les yeux quelques instants, quand je les rouvre après quelques minutes pour voir si par miracle le paysage a enfin changé, et, alors que le paysage n'a pas changé depuis une dizaine d'heures, une ombre se dessine dans le brouillard, d'abord une haute tour visible de loin, ensuite quelques briques, ci et là, pour enfin s'assembler dans quelque chose de plus précis : une ville, un vieux village plutôt.
-La modeste ville de Saturday, me dit ma tante, bâtie il y a des siècles par l'illustre famille Bitter-Claret, drôles de noms n'est-ce pas ?
Nous entrons dans la ville de Saturday, l'endroit où je vais apparemment vivre désormais. Moi qui aime bien les choses anciennes, je suis servi... Cette ville est tellement ancienne, qu'elle en devient flippante... Mais le pire, est l'endroit où se situe le seul hôtel de toute la ville : une ruelle très sombre, en bas de petites marches de longs escaliers, un cul de sac très sombre. Je ne peux pas m'empêcher de prendre mon appareil et en faire une photo.
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Ma tante, qui m'aide à porter mes deux valises, une chacun, me fais un câlin avant de me dire un dernier mot d'au revoir :
-La famille Bitter-Claret était autrefois en conflit avec celle de Fowler-Garnet qui, dans un passé plus lointain encore, était une seule et même famille.
Ashley est ma tante par alliance, mais m'aime beaucoup, comme si j'étais son propre fils, et bien que je supporte mal son côté pipelette, je l'ai toujours respecté en retour, et je sais quand il faut prêter très attention à ce qu'elle dit et ce qu'elle venait de me dire, ne me plaisait pas du tout... Ça ressemblait vraiment trop à une mise en garde, et puis, Fowler-Garnet...
-Tante Ashley, ne me dis pas que le Fowler G. de nos noms...
Elle me répondit en hochant la tête de haut en bas. Au moins, maintenant, je sais... Je m'appelle Fowler-Garnet Alphonse, j'ai dix-neuf ans et vais très sûrement passé un très mauvais moment dans cette ville...