Un monde normal

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‹‹Jupiter, que faisons-nous?››
‹‹Silence, je réfléchis››
La voix est impérieuse et pourtant elle n'a que 17 ans.
Une autre voix grésille dans son oreillette:
- Saturne a raison, il faut faire vite. Il nous reste à peine une minute pour tuer tout ce monde et prendre le paquet et rentrer. Il faut agir.
Malgré cette voix pressante, le jeune homme reste calme, il analyse la situation. Le tour de terrain n'offre aucune issue et le paquet est la mission. L'écran en face de lui est aussi large qu'un tableau de classe. Le jeu vidéo est à sa fin et leur groupe perd. Il savait que tout avait été trop simple, il le savait. Mais le piège était trop bien calculé. Il avait certes promis de tester ce jeu à Maxim et s'était enorgueilli de battre le système. Mais là il faut l'avouer, c'était bien conçu. Il allait perdre.... A moins que....
En une seconde sa stratégie était élaborée.
-Saturne occupe toi du flanc droit, Mercure toi c'est le flanc gauche, moi je fonce dans le tas. Pluton tu vas chercher le colis et tu rentre. Je te couvre.
-Mais Jup...
- Pas de bavardage. Action
L'ordre était sans équivoque et 50 secondes plus tard Pluton rentrait au bercail tandis que ses camarades mourraient criblés de balles. Sur l'écran, les mots mission accomplie s'affichait. Les hourras et félicitations fusaient de son interphone.
Soudain sur l'écran, s'afficha en majuscules: FÉLICITATIONS. JE DOIS ADMETTRE QUE TU ES REDOUTABLE. PASSEZ PRENDRE VOTRE PAYE DEMAIN A L'AGENCE. MAXIM.
Un sourire effleura les lèvres du jeune homme. Satisfait, il dit : bon travail les gars, on se retrouve demain à l'agence. Sous les re-félicitations et les au revoir de ses amis il enleva son casque et se leva. Il avait failli perdre et aurait dû supporter le sourire moqueur de Maxim. Mais il avait gagné, encore. Il ne s'en étonna pas. Le contraire l'aurait déplu. Il était né pour gagner sans crainte. Ses amis le savaient et n'en doutait jamais. Ils s'étaient rencontrés à l'agence et évidemment il avait pris la tête du groupe. Quand ils se retrouvaient pour jouer il prenait naturellement le commandement. Pour leur pseudonyme ils s'étaient partagés les noms des planètes et sans parlementer lui avait attribuer celui de Jupiter. C'était ainsi. Il était un chef et le contraire l'aurait blessé plus que nature. Il était un alpha, un mâle dominant, un leader, un chef et point. Il rêvait pas d'une vie banale. Pour lui saurait été insultant et d'ailleurs ennuyeux. Il était fait pour commander, diriger. Il n'était pas de ceux là qui avait peur de leurs capacités intellectuelles, physiques ou psychiques. Il utilisait son corps et son esprit pour arriver à ses fins. Quand les brutes de son école étaient devenus gênants, il avait pris un été pour prendre les muscles et leur régler leur compte la rentrée suivante. Aujourd'hui ils lui obéissaient comme de gentils toutous. Quand il avait eu marre des prétentieux savants de sa classe, il était devenu le meilleur de son école et même les professeurs lui demandaient des conseils. Tout cela semble vaniteux, prétentieux? Beaucoup le pensait mais cela ne le dérangeait pas. Il assumait ce qu'il était, un leader; et cela depuis qu'il était tombé sur la citation de Marianne Williamson qui disait:«Notre peur vient non pas de ne pas être à la
hauteur. Notre peur la plus profonde vient du
fait que notre pouvoir est presque sans bornes.
C'est notre lumière, non notre obscurité, qui
nous effraie le plus. On se dit souvent : Qui
suis-je, moi, pour être brillant, ravissant,
talentueux et fantastique ? À vrai dire : Qui est-
on pour ne pas l'être? (...)En nous autorisant à
rayonner, nous donnons, sans le savoir, la
permission aux autres d'en faire autant.» accrochée dans sa chambre à coucher. Alors il ne s'excusait pas d'être le meilleur, de supplanter tout le monde, s'imposer et mieux de l'exiger.
Dans quelques heures ses parents allaient rentrer du boulot. Sa soeur devait se balader au parc avec une de ses copines. Il se massa les tempes et décida d'aller dormir un moment avant l'arrivée de tout ce beau monde. Il tomba comme une masse dans un sommeil peuplé de soldats en mission, de livres de science et d'une fille pâle au oreilles pointues.
‹‹Reeeeeeiiii-Feeeeeyyyyy››. Le voix de sa mère lui vrilla les tympans. L'esprit encore embrouillé, il ouvrit les yeux et tomba sur sa petite soeur qui le regardait impassiblement en mâchant du chewing-gum.
- Maman t'appelle pour le dîner.
- Et t'as attendu qu'elle hurle d'abord?
- Je te regardais dormir dit-elle en malaxant imperturbablement sa gomme.
- C'est devenu passionnant ça ?
- Na mais je continue à me demander ce qu'elles te trouvent pour ne pas me laisser vivre. T'es beau gosse d'accord(elle a les yeux au ciel), mais c'est pas la fin du monde.
Rei se leva et se dirigea vers la salle de bains
- ça ne te dérange pas parce qu'on partage des gènes p'te soeur
Elle soupira excédée, se leva et avant de partir lança :‹‹ fais vite, ça va refroidir››
Au lieu de se juste se débarbouiller, Rei prit rapidement une douche et rejoint sa famille dix minutes plus tard.
- Nous ne pouvions plus t'attendre donc on n'a commencer sans toi mon chéri lui dit sa mère.
- Pas grave. Répondit-il
Cheveux auburn sa mère était l'exemple type d'un moineau. Toujours à pépiller, jamais fatiguée, toujours en mouvement. Malgré cela leur père ne se lassait jamais de l'écouter ou de la regarder. Il faut avouer qu'elle avait de magnifiques yeux bleus dont ses enfants avaient hérités et qui continuaient de fasciner leur père.
- Rei-Fey nous avons des nouvelles pour toi.
Rei suspendit d'abord son geste, leva les yeux au ciel pour le Rei-Fey(sa mère jurait tout les dieux que son nom signifiait Roi du feu dans une langue connue d'elle seule) et fronça ensuite les sourcils sur l'évocation du mot "nouvelles". Sa mère continuait
- Nous allons déménager annonça-t-elle d'un air ravi.
Rei haussa un sourcil, Solavida, sa soeur, prit son air suspicieux. Ce fut au tour de leur père de parler
- Mon patron doit ouvrir trois surccusales dans trois endroits différents et il me demande de choisir car je serai le directeur d'une des surccusales.
- Félicitations papa dirent-ils en coeur
- Nous devons encore choisir mais une chose est sûre, nous aurons droit à une maison plus grande, plus d'espace renchérit leur mère au comble du bonheur. - C'est magnifique maman mais et ton boulot et nous? Tous nos amis sont ici répliqua sa fille.
- Oui maman tu feras comment pour ton travail demanda Rei
- Calmez-vous on a pensé a tout. Leurs parents se serrèrent les mains et leur père regardait sa femme exactement comme une super-héroïne. Sola leva encore les yeux au ciel(elle adorait les voir ainsi mais affichait toujours son air exaspéré. Quant à Rei un sourire flottait sur ses lèvres.)
-C'est ma deuxième nouvelle. Rei-Fey, j'ai parlé avec mon patron et il veut absolument que tu travaille avec nous lui dit sa mère. La maquette que je lui ai donnée l'a ébloui. Moi je vais démissionner le moment venu et toi tu me remplacera en quelque sorte.
Elle regarda son fils en attente d'une exubérante démonstration de remerciement mais ce dernier se contenta de sourire et de lui répliquer
- Et pour le logement?
- j'ai déjà trouvé la solution.
- J'ai une amie qui tient une pension et elle acceptera de t'heberger jusqu'à ta majorité.
Puis sa mère tout en mangeant se lança dans la description de l'amie en question et de sa pension. Rei perdit un moment le cours de la discussion comme détaché de cette réalité et observa sa famille. Sa mère rayonnante d'une beauté diaphane parlait avec véhémence. Son père la contemplait et l'écoutait attentivement tout en mangeant. Il était d'une très grande intelligence mais n'était pas homme à faire tomber les cœurs. Il possédait néanmoins assez de charme pour conquérir sa femme. Quant à Sola elle pouvait lever autant de fois les yeux au ciel elle adorait regarder ce couple s'aimer et les aimer. A eux deux ils rassemblaient les qualités et les défauts de leurs parents. Leurs beautés brisaient des cœurs(Sola s'exasperait de tous ces garçons à ses pieds, et Rei s'en indifférait royalement des filles qui ne rêvaient que de lui). Oui le plus important dans sa vie était autour de cette table et même contre tous les honneurs du monde il préférait les membres de sa famille. Il revint brusquement à la réalité, sa mère l'appelait.
- Rei-Fey tu ne m'écoute pas
Bien sûr que si maman. Je serai dans une maison respectable, bien entouré et bien surveillé.
- Je n'ai jamais dis cela.
- Mais tu le pensais.
- Il est normal que je m'occupe de toi. Et je dois savoir ce que tu fais. Ce n'est pas parce que nous serons loin que tu feras tout ce qui te plaira.
- Bien maman. Je suis heureux pour le job.
- Malgré ton travail à l'agence, ce boulot t'aidera vite à te payer ta voiture pour tes 18 ans lui dit son père.
- Oui papa. Merci pour tout
- vous avez intérêt à choisir un endroit cool, sinon je viens rejoindre Fey s'exclama Solavida. Le reste du dîner se passa en bavardage sur les dispositions de leur nouvelle maison. Rei alla se coucher après avoir consulté ses mails. De nouveau une jeune fille aux oreilles pointues vint hanter ses rêves.

SA MAJESTE ROUGEWhere stories live. Discover now