Chapitre 1

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- Faire un espace si calme et joli derrière l'église. C'était une bonne idée.

Une femme habillée d'une élégante robe noire s'approcha de moi.

- Qu'est-ce que vous faites Mademoiselle ?

- Je respire, je prends l'air. Et vous ?

- Je n'en pouvais plus. Être dans cette église face au cercueil d'un si bon et jeune garçon...je ne pouvais plus.

- Cela nous fait un point en commun.

- J'étais une de ces enseignantes. Et vous, quelles étaient vos relations avec le défunt ?

- Je suis sa sœur.

- Oh mon dieu...Je suis désolé, dit-elle la main sur la bouche avant de s'en aller rapidement.

« Oh mon dieu... Je suis désolé. » faisait partie de mon quotidien depuis maintenant une semaine jour pour jour. Les gens ne me connaissaient pas. L'église était remplie de personnes connaissant mon frère, mais ne me connaissant pas. Nous étions peut-être jumeaux, mais je n'étais pas aussi accueillante et agréable que mon frère. Il était gentil, civilisé, courtois et avenant envers les autres. Ses petites boucles brunes qu'il cachait sous une teinture dorée et son sourire aussi innocent que celui d'un enfant correspondaient parfaitement à son image. Un seul de ces rires pouvait vous réchauffer le cœur, car son cœur à lui était pur et simple. Il ne voulait jamais de mal à personne. Et ceci était quelque chose que je n'avais jamais réussi à comprendre. Comment pouvait-il être aussi gentil ? Être gentil revient à laisser des ouvertures partout pour que les gens te poignardent plus tard. Pourtant, il s'en fichait éperdument. Peu importe le nombre de fois ou quand enfant je lui piquais son goûter, même s'il avait les larmes aux yeux, il me disait de le manger si je voulais. Comment aurai-je pu faire quoi que ce soit face à cette personne adorable et affectueuse. Il était le seul qui pouvait me faire faire penser des mots comme « adorables » ou « affectueux » justement. Je n'avais jamais été du genre à déballer mes sentiments ou à être très tactile avec les gens. Pourtant, quand le voyais, je n'avais qu'une envie c'était de le prendre dans mes bras. Et le meilleur dans tout ça ? C'était réciproque. Nous avions l'habitude, après une longue journée dans nos lycées respectifs, de se jeter dans les bras l'un de l'autre. Le décrire en quelques mots seulement pour résumer le tout . Il était une boule d'énergie et de joie. Ma boule d'énergie et de joie. Il me disait souvent qu'il m'aimait. Qu'il m'aimait plus que tout. Mais s'il savait...s'il savait à quel point je l'aimais moi aussi. Chaque fois que que je disais que je l'aimais, il avait l'habitude de me répondre « pas plus que moi ».

- Je peux te promettre Ethan, je t'aimais encore plus que tu ne m'aimais...chuchotai-je, la tête baissée au sol.

Je vis alors des gouttes atterrir au sol. Je m'étais promis de ne pas pleurer. Ethan me disait souvent que ce qui le rendait le plus malheureux au monde était de me voir pleurer. Mais comment pouvais-je ne pas pleurer en attendant les cris tranchants de ma mère dans l'église ? Elle devait sûrement avoir craqué en faisant son petit discours sur Ethan. Je respirais calmement. Mais j'imaginais alors la douce voix d'Ethan me dire « Shea, ne pleure pas » et je craquais à nouveau. Larmes, tremblement, cris...tout sortait de mon corps. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas les contenir. Ethan m'avait appris à être heureuse avec lui. Mais pas à être heureuse sans lui. Je...je n'étais qu'une adolescente et la seule chose que je voulais c'était de pouvoir voir mon frère en rentrant chez moi le soir. Mais non. On m'a enlevé la seule satisfaction que j'avais dans la vie. Qui me l'a enlevé ? Ethan lui-même. Je ne comprenais pas. Pourquoi me faire ça ? Pourquoi lui faire ça ? Il avait l'air bien pourtant en me disant bonne nuit. Il avait comme toujours, squatté ma chambre un quart d'heure avant d'aller se coucher. Puis, après un câlin plus long que d'habitude, il m'avait regardé tendrement dans les yeux en me disant « Je t'aime ». Il avait l'habitude de le dire, mais cette fois-ci, les mots m'avaient atteint encore plus que coutume. J'aurais dû me douter qu'il y avait quelque chose derrière son sourire. J'aurais dû, malgré le fait qu'il souriait, voir qu'en réalité toute son âme était en train de pleurer. Il n'aurait alors pas fait cette erreur. Et j'aurais alors encore un frère à mes côtés.

SheaHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora