Je courais dans la prairie à en perdre haleine, sentant l'herbe haute sous mes pieds nus. J'arrivai au pied d'un arbre et grimpai jusqu'au sommet. La vue était superbe, il y avait plus d'herbe que je n'en avais jamais vue.
Soudain, le Gouverneur John apparut avec une grosse hache dans la main et commença à couper l'arbre. J'allais tomber et m'écraser comme une larve sur le sol !
L'arbre tanguait de plus en plus.
D'un coup il céda.
***
Tidididi ! Tidididi !
J'éteignis machinalement mon réveil. Pour une fois, j'étais content d'être sorti de mon sommeil par cette sonnerie stridente et sans pitié pour les oreilles. Ce cauchemar avait l'air tellement réel... mais non.
Je me trouvais toujours dans ma chambre spacieuse trop luxurieuse à mon goût. Les murs étaient peints de la couleur du ciel et les rainures des poutres soutenant le plafond étaient en or. Un bureau en chêne vernis -cadeau de mon père pour mon quatorzième anniversaire - se tenait dans un coin alors qu'un immense tapis recouvrait le parquet. Un grand dressing occupait tout le fond de la pièce, rempli de costumes pour les soirées mondaines (que je haïssais par-dessus tout) et de vêtements de ville que Maman créait et vendait dans tout le Monde du Dessus.
Je contemplai le plafond et fermai les yeux... pour les rouvrir aussitôt quand la porte s'ouvrit à la volée et qu'un petit garçon en pyjama se jeta sur moi.
- Loac !!
- Déjà réveillé, toi ? Et tu n'es même pas fatigué ? demandai-je au petit monstre qui me servait de frère.
- Non, je ne suis pas fatigué. Il y a des pains au chocolat ce matin; viens vite ou Papa va tous les manger.
- D'accord, j'arrive. Tu m'en gardes un, Jimmy ?
- Oui. Une nouvelle mission pour Super Jimmy : garder un pain au chocolat pour Loac !
Et il repartit en courant. Ouf !
Voici le gros avantage de ma chambre : je ne devais pas la partager avec mon petit frère.
Je me levai à contrecœur et me dirigeai vers la cuisine après avoir enfilé un t-shirt.
En descendant l'escalier, je repensai à mon cauchemar. La prairie était magnifique. J'aimerais tellement en voir une... Malheureusement, j'habitais dans une bulle au milieu du ciel et il était interdit de descendre dans le Monde du Milieu, Vinila, sans l'autorisation du gouvernement.
Une odeur agréable s'échappait de la cuisine.
- J'ai ton pain au chocolat ! cria Jimmy. J'ai eu du mal à le garder mais j'ai réussi.
- Merci, Super Jimmy.
- Oui, je suis Super Jimmy, le plus grand super-héros d'Airbala !
Et sur ces mots, il repartit en courant chercher sa super-cape. Je mordis dans mon pain au chocolat tout en continuant mon chemin, traversant un couloir en miroir sans teint qui donnait sur l'avenue principale d'Airbala.
Les passants voyaient leur reflet mais ne nous voyaient pas, au contraire de mon frère et moi qui avions l'habitude de leur faire des grimaces quand nous étions seuls à la maison. En plus, nous bénéficions d'une vue imprenable sur l'Université de droit de Blamynis.
Je rentrai dans la cuisine et saluai mon père militairement en respectant sa place de Premier ministre, comme tous les matins. Je fis ensuite la bise à ma mère, puis m'installai confortablement à table, en face de mon géniteur que je ne pouvais tout simplement pas appeler « papa ».
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Quitte ou Double
Science FictionDeux mondes. L'un qui ne voit jamais le ciel, l'autre qui ne voit jamais la terre. Deux adolescents que tout oppose mais un seul rêve : découvrir le monde de l'autre, les secrets qui l'entourent et surtout, aller sur Vinila, le Monde du Milieu, inh...
