CHAPITRE II You're dead for me

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J'ai loué une chambre dans un hôtel en ville, et voila 3 jours que je n'en suis pas sorti.J'ai gardé les volets fermés, je n'ai ni changé de vêtements, ni bougé de mon lit, depuis 72 heures maintenant.
Après tout ce que j'ai vécu, ce que j'ai traversé, me voilà en train de me laisser abattre , allongé sur un lit qui n'est ni le mien, ni le sien, comme un cadavre. Et malheureusement pour moi, je suis bien placé pour faire la comparaison. Mais putain qu'est ce qu'il m'arrive ? Je dois me bouger , c'est maintenant ou jamais . Je pense déjà l'avoir perdue, mais il y a encore une chance.
Je veux des explications, j'en ai besoin.
Pour la première fois, je me lève, motivé à reprendre la situation en main. Mes jambes sont engourdies, et mon odeur laisse à désirer. Je prends une douche rapide, et m'habille d'une chemise en jeans, et d'un pantalon beige. Je remonte mes manches pour mettre mes muscles le plus en évidence possible , et je déboutonne les premiers boutons pour laisser apercevoir mon torse. Je sais qu'elle ne pouvait pas y résister, à l'époque.
Je me regarde brièvement dans le miroir, chose que je n'avais pas eu l'occasion de faire depuis longtemps. Malgré ma musculature imposante et mon teint bronzé, la guerre à laissé des séquelles évidentes sur mon corps.
Une large cicatrise traverse ma joue et ma mâchoire. On peut encore apercevoir les traces de cordes sur mes poignets et mes chevilles. Je me détourne , dégouté par la vision de mon propre physique, et je pars de l'hôtel. Dans la voiture, je téléphone à Mike, qui m'avait laissé des dizaines d'appels et de messages ces 3 derniers jours , que j'avais tout bonnement ignorés.
- Et bien, regardez qui revient d'entre les morts ! Dit-il avec un rire sarcastique.
- Tu ne crois pas si bien dire mon pote...
- Qu'est ce qu'il se passe mon gars ? J'ai essayé de te joindre des dizaines de fois, je m'inquiétais à ton sujet ! - Son ton se veut inquiet, et malgré moi je lui réponds sèchement.
- Ironique n'est ce pas ? Je reviens de trois ans en Afghanistan et c'est maintenant que tu t'inquiètes pour moi.

Il marque un temps de pause, avant de reprendre.
- On discutera de ça face à face, pour le moment dis moi ce que tu veux.
- Elle, c'est elle que je veux.
- Mec, ça fait 3 ans que tu ne l'as plus vue. Tu ne peux pas exigé ça comme ça.
- Ecoute, dis lui juste de me rejoindre à la plage a 13h, s'il te plait...
Le ton de ma voix chute, et je finis ma phrase dans un murmure.

- Ok, je vais voir ce que je peux faire. Finit-il par dire.
- Merci mon gars... Toi aussi, je veux te voir, on s'arrange ça vite.
- Fais pas de conneries surtout...

Je raccroche, le sourire aux lèvres, la boule au ventre. Il n'est que 12h et me voilà dejà arrivé sur le lieu de rendez vous. La faim me tenaille, et je décide de retourner a la friterie où mes parents m'emmenaient souvent, petit.
- Une grande frite et un coca, s'il vous plait. Dis je en m'approchant du serveur.
Il se retourne, et me répond avec un large sourire.
- Tout de suite monsieur !
Lorsque son regard croise le mien, il s'arrête subitement. Il me dévisage, d'abbord hésitant, puis d'un air convaincu. Ce sourire, je l'aurais reconnu entre milles.
- Ho mon Dieu, Jay !
Je passe au dessus du bar sans me préoccuper du regard des clients pour le serrer dans mes bras. Notre étreinte est profonde, vraie.
J'avais connu Jay alors qu'il était petit comme 3 pommes. C'était la friterie de ses parents. Je le considérais comme mon petit frère. On nous avait séparé il y a 6 ans maintenant, car ses parents l'avaient envoyé à l'internat à l'autre bout du pays. Peu après mon départ, Mike m'avait annoncé leurs décès dans une lettre. Leur maison avait pris feux pendant la nuit, et ils n'y avaient pas survécu. Jay, lui, était à l'internat cette nuit là.

- Et bien ça alors, Blake ! Qu'est ce que tu fous ici ?
Et c'est ainsi que nous entamons la conversation. Nous discutons pendant moins d'une heure, lorsque je le laisse en lui laissant mon numéro, et promet de revenir le lendemain en compagnie de Mike.

Je marche sur la plage depuis 10 minutes. Elle est en retard, de 4 minutes exactement, enfin, si elle vient un jour....
Je n'ai pas racheté de roses, et je commence à paniquer en m'en souvenant .
Mais a une dizaine de mettre de moi, 3 ombres m'observent.
Je reconnais immédiatement Kylie et ses longs cheveux roux , Grace de part sa petite taille, et puis bien sûr Jane... Plus resplendissante que jamais.

Elle semble hésiter, mais ses amies de toujours la pousse dans ma direction, lui promettant de rester derrière.
Alors, elle s'approche de moi, d'un pas lent le regard sur le sol. Je reste là, les bras ballants. Je voudrais courir, la prendre dans les bras, mais je ne veux pas la brusquer. Lors des derniers mètres qui nous séparent, ses iris croisent les miens, et contre toutes attentes, elle panique. Elle commence a courir dans le sens opposé, des larmes dévalant ses joues, mais je la rattrape en un fragment de secondes, et je lui prends les poignets, la retenant ainsi de nous séparer brusquement une fois de plus.

- Lâche moi ! hurle t'elle. Blake me touche pas ! Laisse moi partir, je ne veux pas te voir , disparais et retourne d'où tu viens !

Ses paroles me font l'effet d'un poignard, mais je ne la lâche pas. Je la retourne et tente de la rapprocher de moi, mais elle me frappent le torse de ses poings en criant.

- T'es mort pour moi, tu ne comprends pas ? Elle hurle en s'acharnant sur moi. Elle me griffe, me frappe, et je ne l'en empêche pas. Mon cerveau pétrifié est envahit par des centaines d'émotions contradictoires, ce qui me bloque de toutes réactions.
Voyant mon incompréhension, elle poursuit.
- T'es mort depuis le jour où ce putain d'officier est venu frappé à ma porte. T'es mort depuis qu'il y a une tombe en ton nom dans notre cimetière !

Je ne comprends rien à ce qu'elle raconte. Comment l'armée avait-elle pu confirmer une mort sans preuve ? Pourquoi avaient-ils fait ça ?

- Non, je suis pas mort ! Je suis bien vivant, ici, face à toi. Pourquoi ne veux-tu pas le voir ? Je suis là maintenant d'accord ? S'il te plait, laisse moi juste le temps de t'expliquer ce qu'il s'est passé, je n'y suis pour rien.

- Est ce que tu te fous de moi ? Tu es l'unique responsable de cette situation, de la façon dont les choses ont tournées. Tu as pris cette décision seul, le jour où tu t'es engagé dans l'armée, tel un bâtard, brisant nos fiançailles, notre avenir !

Elle crie, et se débat si fort, que je suis forcé de lâcher prise. Elle recule alors que je lui réponds.

- Je n'ai rien brisé du tout Jane , je voulais revenir, fonder une famille, t'épouser ! Rien de ce qu'il ne m'est arrivé là bas ne faisait partie de mes plans , OK ?

- Ça, t'aurais du y penser avant. Tu connaissais les risques . Et t'as décidé de m'abandonner quand même, et de foirer ma vie ! Et je ne te pardonnerais jamais pour ça. Alors maintenant, tu vas prendre ton uniforme de merde et tes valises, et retourner sur le champ de bataille. J'espère que tu y prendras une balle, et que t'y resteras , comme ça j'aurais la certitude que tu ne me détruiras plus à nouveau !

Ses mots me font mal , comme jamais aucune torture ne me l'avait fait. Ce n'est plus la Jane que j'ai connue. Cette fille a disparu et laisser place à une garce insouciante, et égoïste. J'avais peut être été le pire mec du monde quand je l'ai laissé, mais elle connaissait mes raisons. Et elle ne sait pas ce que j'ai enduré là-bas. Elle n'a aucune raison d'agir de cette façon.

Je compte bien la prendre au mot, et repartir. Malgré ce que j'ai vécu, enduré, aucune douleur ne me l'avait fait oublié.
                           A présent, ce sera comme si elle n'avait jamais existé .

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