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Un son strident, désagréable, mais étrangement familier me sortit de la torpeur dans laquelle j'étais enfermé. La sonnette ? Le réveil ? Le téléphone ? Le téléphone. Décrocher ? Ne pas décrocher ? Où est mon foutu téléphone. Où suis-je ? L'obscurité. Mes paupières se referment, comme irrésistiblement attirées l'une par l'autre. La sonnerie ne s'arrête pas. Mais qui, bon sang, peut avoir l'envie de m'appeler à cette heure ? Quelle heure est-il ? J'ai besoin de mon téléphone. Je ne vois rien ici. Où suis-je ? Je tente péniblement de me lever, tout du moins de me retourner pour stopper cette cacophonie, mais en vain. Je ne sais pas dans quelle position je suis. Je ne sais pas quelle heure il est. Mon corps est comme plongé dans une paralysie la plus totale. Sueurs. Le téléphone se tait enfin. Mon lit. Je suis dans mon lit. Je suis dans notre lit. Mathilde ? Je gémis son nom et c'est à peine si je reconnut le son de ma propre voix. Le silence comme seule réponse. L'obscurité. Je m'endors à nouveau.

Sueurs. Des voix. Des murmures imperceptibles. Mon nom. On m'appelle. On m'appelle ? Qui est-ce ? Des cris. Mathilde ? Sueurs. Je bascule dans le vide.

Un sursaut me réveille. Le réflexe premier d'un rêveur qui se perd dans les profondeurs de son esprit et tombe à la renverse. Toujours l'obscurité. Combien de temps a pu s'écouler depuis La sonnerie du téléphone ? Minutes ? Heures ? Jours ? Semaines ? Je ne sais pas. Ma tête me fait mal. Quelle heure est-il ? Où est passé mon téléphone. Où est Mathilde. Le silence. Soudain, les larmes. De grosses gouttes salées qui coulent le long de mes joues sèches, silencieusement. Sans s'arrêter. L'oreiller devient humide, puis mouillé, puis gorgé d'eau à en déborder. Les larmes coulent, sans s'arrêter. Ma tête me fait mal. Je m'enfonce dans l'oreiller. Je me noie dans mes larmes. Les ténèbres.

Un son strident, comme un appel venu de très loin, retentit. A mesure que je m'extirpe du sommeil il s'amplifie. Le téléphone ? Qui m'appelle. Quelle heure est-il. Je dois sortir du lit. Comme si je n'eus aucun contrôle sur lui, comme si lui seul savait l'exact endroit où se situait mon foutu téléphone, mon bras gauche s'étendit brusquement et coupa la sonnerie. Le silence. L'obscurité. Le yeux colmatés et boursouflés par les pleurs. Les lèvres gercées et légèrement salées. La peau du visage durcie par les larmes sèches. Inondées sans plus attendre par un nouvelle chute de grosses gouttes silencieuses. Le vide. Je me sens vide. Vide de toute pensée, vide de tout sentiment. Seulement les larmes. Les grosses larmes qui coulent en silence et s'écrasent sur l'oreiller.

Je pleurais. Je n'avais jamais autant pleuré. Le silence rendait les pleurs infinis. L'obscurité. La solitude. L'absence de Mathilde. Où est Mathilde ? Les larmes qui ne s'arrêtent pas. Mathilde ? Le silence comme seule réponse. Ma tête me fait mal.

Soudain le réveil. Brutal. Brutal comme une claque dans le visage. Brutal comme une rupture. Brutal comme une mort subite et inattendue. Je me lève, les membres raides comme les branches d'un chêne. Quelle heure est-il ? Je ne vois rien ici. Je me déplace à tâtons, je suis comme perdu dans ma propre chambre, notre chambre. Je me heurte contre le rebord du lit sans ressentir aucune douleur. Je me sens vide. Le noir, puis enfin la lumière. Ebloui. Frappé de plein fouet par les rayons du soleil. Je bat des cils. Immobile, je parcoure du regard le petit appartement. Rien n'a changé et pourtant je ne reconnais rien. Comme si tout ce que je connaissais m'étais soudain étranger. Le salon avec sa table basse étincelante comme une pierre précieuse, ses deux fauteuils, le mien, en cuir usé et patiné par le temps et le sien, recouvert d'une peau de mouton toujours aussi douce. Vide. La cuisine, séparée du salon par un élégant bar en bois massif, son plan de travail si propre que l'on ose à peine poser un doigt dessus, son ordre impeccable et le petit poste de radio qui diffusait toujours une mélodie agréable, maintenant silencieux. A gauche la porte qui mène vers la salle de bain, sa délicate odeur de savon  qui semble attendre que je ferme les yeux pour emplir mes narines, les toilettes, la pastille bleue et le papier recyclé. Puis la porte qui mène au dehors. L'extérieur. L'inconnu. Je suis comme étranger au monde. Le silence. Derrière moi la chambre, notre chambre, les ténèbres. Je referme doucement la porte. Le salon. Le fauteuil et la peau de mouton. Vide. La radio muette. A gauche, la porte vitrée qui donne sur le balcon. Mes jambes me portent d'elles mêmes. Je suis comme étranger à mon propre corps.

L'air frais de l'extérieur me fait revivre. Je respire doucement. La migraine s'estompe. Quelle heure est-il ? Surement l'après midi. Le soleil est déjà à mi chemin de l'horizon. L'infini. Je respire en fermant les yeux, accoudé sur la rampe en fer forgé. Une légère brise m'apporte des fragrances de tabac froid. Le cendrier. Le cendrier posé sur le rebord de la fenêtre. Le cendrier qui n'a jamais bougé. Mathilde. Soupir. Je soulève le couvercle du petit récipient en terre cuite. Machinalement. Même perdu la routine revient. Fragment de vie. Je sors une cigarette de son étui, la porte à mes lèvres toujours sèches, l'allume. Je tousse. Mathilde ne fumait pas les mêmes que moi. Trop âpres. Je tousse. Je ferme les yeux. Le silence. La lumière. Combien de temps ai-je dormi. Combien de temps ai-je pleuré. Le silence comme seule réponse. Mathilde.

A travers la vitre je distingue à nouveau la petit poste de radio. Son fauteuil. La peau de mouton. Le silence. Le vide. Sa place sera désormais vide. Sa place sera vide pour toujours.




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⏰ Última actualización: Feb 28, 2016 ⏰

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