Nouvelle: 40 min de Flirt

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La sonnerie retentit. La classe entière soupire de soulagement.

Je range mes affaires le plus vite possible puis laisse ma tête aller en arrière en attendant que Carisse finisse de ranger les siennes. Quand j'entends le 'zip' de la fermeture éclair de son sac, je me lève de mon siège, les yeux rivés sur mes pieds mais me heurte à quelqu'un: "Oh, Pardon Luke", marmonnais-je, levant la tête vers lui. Il me sourit puis, me fixant intensément de son regard bleu, me parle. Mais je n'écoute pas, je le regarde. Je vois ses lèvres bouger, ses yeux s'animer et les muscles de son visage s'activer, mais je n'entends rien. Je reste ainsi à le regarder, fascinée.

Ce n'est que lorsqu'il prononce mon prénom et me titille sur l'épaule que je me réveille. "Oh, excuse-moi, je pensais à autre chose, tu disais ? " Il se met à rire doucement avant de recommencer: "Je te proposais de venir avec moi au CDI de 10h à 11h, vu qu'on est en demi-groupe et qu'on doit attendre les autres pour manger.

-Ah, euh, oui ! Oui oui, avec plaisir !"

Je décoche un sourire, il me le renvoi. "Ok bon ben à tout à l'heure alors !" lâche-t-il avant de partir en me faisant un clin d'œil.

La récrée me semble interminable, je ne tiens pas en place. Je regarde à plusieurs reprises à l'endroit où Luke a l'habitude d'aller avec ses potes. Quand je ne le vois pas je fixe intensément le lieu, et, quand je le vois réapparaître, je me détourne, faisant semblant de rire aux blague des personnes de ma classe, que je n'écoutaient pas.

Quand 10h sonne, je prends mon sac et me dirige à pas irréguliers vers l'autre côté de la cour, vers le CDI.

Je monte les escaliers et ouvre la porte à double-battants de la salle. Elle est grande, mais encombrée des étagères qui sont disposées un peu partout et des poteaux soutenant les plafond. Dès que l'on rentre, on se sent serré par les bacs de bandes dessinées et le comptoir censé accueillir les élèves. Je m'avance vers le fond et aperçois Luke à notre table habituelle. Je lui donne une tape dans le dos et prend place sur la chaise la plus proche. C'est une table carrée, assez grande pour 4 personnes, sauf qu'il n'y a que 3 sièges. Luke et moi occupons les deux chaises les plus proches l'une de l'autre, dos au reste de la salle.

Luke a déjà sorti tous ses cahiers. Il les a étalés dans son espace personnel et se tient maintenant les bras croisés, un sourire au coin des lèvres et ses grands yeux bleus me scrutant des pieds à la tête. "Arrête de me regarder comme ça, tu me rend folle." dis-je sur un ton de franchise. "Ah oui ? " se contente-t-il de rire en retour.

Je sors mon agenda tandis que lui se connecte sur les devoirs à faire mis en lignes sur le site de lycée avec son téléphone.

"T'as lu le livre en Français ?" demandai-je, malgré que je connaisse déjà la réponse. "Non." dit-il en un soupir mal maîtrisé.

Je le contemplais. Je dois l'avouer, il me fait en fait littéralement fondre. Il est... "Irrésistible." Il lève la tête. "Oui ?"

'Irrésistible', c'est le surnom que je lui ai donné. Je l'appelle toujours comme ça lorsqu'on est tout les deux, seuls lui et moi, dans une bulle de complicité.

"Irrésistible... C'est quoi le mien de surnom déjà ?" Je connais bien évidemment le surnom qu'il me donne, mais je veux l'entendre encore une fois du son de sa voix.

Il sourit avec douceur, puis prononce avec lenteur les deux syllabes: "Sweetie."

Je ferme les yeux en souriant et j'enregistre la sonorité de ces deux syllabes dans un tiroir de mon cerveau. "Ah oui, c'est vrai." chuchotai-je.

Il se repenche sur son téléphone et fait glisser l'écran avec son index. Quelques secondes passent. "T'as fait le DM en histoire ?

-Oui, pas toi ?

-Si."

Il me lance un clin d'œil. Ça aussi, je l'enregistre.

Avec Luke, on est sur la même longueur d'onde. Ça semble être un peu prétentieux dis comme ça, mais c'est la vérité. Nous avons des délires bien à nous, nous avons le même goût musical et, ce qui nous a rapproché le plus, c'est notre fascination pour la science, le goût des casse-têtes chinois de la vie, des paradoxes ou encore des dilemmes impossibles. Cette dernière chose a fait que nous nous sommes petit à petit rapprochés en nous posant, tous les jours, une question existentielle. Ensuite, nous pouvons passer plus d'une demi-heure dans la journée à débattre de la réponse à cette question, si ça n'est pas une heure. Et c'est ça que j'adore avec notre relation: on ne s'ennuie jamais. Si par hasard la conversation retombe à plat, un de nous deux relèvera la tête pour relancer un sujet, aussi banal soit-il. Cette simple chose me fait craquer.

Aujourd'hui, la question avait été celle-ci: à quoi ressemblait la personne qui avait créé le Rubik's Cube ? (mentalement parlant).

Ce qu'on savait de cette personne, déjà, c'était qu'elle s'appelait Rubik. Sans faire de recherches internet, nous ne pouvions pas savoir son origine ou sa nationalité. D'ailleurs... Cette personne était-elle encore vivante ?

Mais bon, je vous épargne toutes nos réflexions, ça n'est pas très intéressant.

Le fait est que, à la fin de notre débat, il y eu un long silence, chacun plongé dans ses pensées. Lorsque le silence se fit imposant, je me tournai vers Luke.

"Alors... C'était bien tes vacances ?" Il hausse les épaules. "Ça va. Ça aurait été mieux si tu avais été là."

Mon cœur rate un battement. Je sens mes joues qui s'enflamment.

Je le fixe pour tenter de captiver son regard; je veux voir ce que ses yeux me disent, je veux lire un message dans son iris. Mais il regarde son cahier d'Anglais, les yeux baissés sur un dessin que je lui avait fait un peu avant les vacances: c'était son prénom en lettres épaisses sur un fond tropical avec des feuilles, des fleurs, du soleil...

Je risque un sourire. "Tu m'as beaucoup manqué, Luke."

Il me regarde cette fois. Mais il ne dit rien. Nous sommes juste ainsi, les yeux plongés dans le regard de l'autre. Je peux pratiquement entendre son souffle sortant de sa bouche.

Et, sans que je m'en rendes réellement compte, nos corps se sont rapprochés, avançant au ralenti vers l'autre, comme attirés de quelque façon gravitationnelle, basculants lentement vers l'avant. Ses yeux intensément bleus se rapprochent de moi. Sa bouche se rapproche de moi. Son adorable visage se rapproche du mien.

J'ai envie de crier, ou du moins de dire quelques chose, mais aucun son ne parvient à sortir. C'est comme si les mots étaient tous là, coincés dans la cage de mes cordes vocales.

Je vois un sourire flotter sur les lèvres de Luke. J'ai peur. Et s'il me faisait une blague ? Si tout ça n'était qu'une grande moquerie ? Un moyen de mieux se moquer de moi après ?

Mais j'oublie tout à partir du moment où ses lèvres embrassent les miennes tendrement.

Le temps s'arrête.

Le son se coupe.

Il n'y plus qu'une chose: lui et moi. Mes lèvres contre les siennes. La douceur du moment.

Tout disparaît autour de nous.

Je sens une main qui se place sur ma nuque, par-dessous mes cheveux; la sienne.

Je me sens flotter, en fait.

C'est magique.

Je n'entends plus rien. Je n'entends pas le brouhaha des chuchotements des élèves derrière nous, je n'entends pas les documentalistes donner des instructions affolées aux autres adolescents, je n'entends pas les portes s'ouvrir brusquement, je n'entends pas le silence s'imposant.

Je n'entends pas non plus la détonation du revolver au même moment ou Luke retire son visage du mien.




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