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Je jette un coup d'œil à ma montre pour la énième fois. Ça fait exactement une heure et demi que je me tiens debout devant la porte de mon nouvel appartement et toujours aucun signe de ma colocataire. Une semaine plus tôt, je me souviens lui avoir donné ma date exacte d'arrivée. Et je me souviens très bien de sa réponse. Alors à vendredi prochain! J'ai trop hâte d'y être. J'ai toujours rêvé d'avoir une colocataire! Et me voilà, face à sa porte, valise en main. Et je n'ai aucun moyen de la contacter pour la prévenir de mon arrivée étant donné que la batterie de mon téléphone a décidé de me lâcher à l'aéroport. Je dois me rendre à l'évidence. Elle m'a oubliée. Si ça se trouve, elle est en voyage pour quelques jours et elle ne compte pas revenir avant la semaine prochaine. Et en attendant, j'ai nul part où aller. Mais, voyons le bon côté des choses. Avoir nul part où aller à Los Angeles, ce n'est pas si terrible. Je dirai même que c'est plutôt excitant. Et puis c'est toujours mieux que d'attendre debout à l'intérieur. Je tire ma valise jusqu'à l'ascenseur et appuie sur le bouton. L'ascenseur arrive en quelques secondes. Je sourie poliment à l'homme qui propose de soulever ma valise et entre à mon tour. Une fois arrivée au rez-de-chaussée, je récupère ma valise et remercie l'homme pour son aide. Les gens sont tellement plus agréable ici. Enfin, je ne suis ici que depuis deux heures, mais l'amabilité des californiens contraste de loin avec la froideur des parisiens. A peine sortie de l'immeuble je savoure le bain de soleil de Californie qui recouvre ma peau. Los Angeles est littéralement la plus belle ville qui m'ait été donné à voir. Une légère brise me caresse la peau et s'infiltre sous mon chemisier. On doit être très proche de la plage. Je défais mes cheveux et les laisse retomber sur mon dos nu. Ce n'est pas exactement comme ça que j'imaginais mon premier jour à Los Angeles, mais je dois dire qu'à cet instant, rien ni personne ne peu dégrader mon bonheur. Je n'aurai jamais cru que je serai aussi heureuse d'être SDF. Même vides les rues donnent l'impression d'être vivantes. Je repère un petit café qui me fait penser à ceux des quartiers anciens de Paris. J'y entre en traînant ma valise derrière moi. Les gens sont une des principales raisons pour lesquelles j'adore cette ville. Chacun vie sa vie comme si c'était leur dernier jour et c'est ce qui rend cette ville si vivante. C'est un condensé d'aventures et de folies à elle seule. Et puis, avec un soleil pareil, on ne pourrait pas déprimer même si on le voulait. Je m'assoie à une petite près de la baie vitrée et pose ma valise à côté de moi en étirant loin mes jambes devant moi.

— Est-ce que je vous sers quelque chose?

Je me retourne en attendant la voix d'une jeune fille derrière moi.

— Un café s'il vous plaît.

La serveuse écrit ma commande sur son calepin et m'offre un grand sourire.

— Je vous apporte ça tout de suite.

Vous me direz que c'est un sacrilège de lire dans un Café par un temps pareil et si près de la plage, mais je me connais assez pour savoir qu'aussitôt le moment où mes pieds toucherai le sable et que le sel viendrait chatouiller mes narines j'abandonnerai toutes mes affaires et me laisserai emporter par les vagues. Je n'ai déjà nulle part où aller, je ne vais pas risquer aussi de perdre toutes mes affaires.

Lorsque la serveuse apporte ma tasse de café, je ne peux m'empêcher de prendre une grande inspiration, laissant l'odeur emplir mes poumons. Je déteste le café. Aussi ironique que cela puisse paraître. Marie, elle, y était accro. Elle ne pouvait pas passer une heure sans en boire. Papa et Maman lui répétait constamment qu'en boire autant risquait d'altérer sa santé mais c'était une vraie accro. Elle savait très bien que je détestais ça et prenait un malin plaisir à en mettre dans mon lait quand je m'y attendais le moins. Mais je trouvais l'odeur du café enivrante. A chaque fois que Marie s'en servait je courrais m'asseoir à côté d'elle et laissais mes narines s'emplirent de son odeur chaleureuse. Marie disait que j'étais folle. Mais on savait toutes les deux qu'elle était la plus folle d'entre nous. Aujourd'hui encore son âme de rebelle me manque atrocement. Ma psychologue disait que sentir l'odeur du café était ma manière à moi de la sentir près de moi. Que chacun comblait son absence à sa manière. Alors que ma mère recouvrait chaque centimètre de la maison par des portraits et photos de Marie, je passais mon temps à humer des tasses de café en lisant ses livres préférés. Je me penche en avant et cherche mes lunettes dans ma valise. J'ai essayé à plusieurs reprises de porter des lentilles de contact, mais rien y fait. Mes yeux sont trop sensibles. Heureusement je ne porte mes lunettes que pour lire ou travailler. Lorsque je mets enfin la main dessus, je referme ma valise et me redresse. En essayant de me relever, un petit cri de douleur m'échappe. J'ai beau essayer de relever la tête, une mèche de cheveux près de mon visage est coincée dans la fermeture de ma valise. Je lâche les lunettes et essayer de défaire le nœud de mes cheveux. Pitié, faites que personne ne m'ait vu... Je ne préfère même pas imaginer à quoi je dois ressembler, la tête à l'envers, les cheveux coincés dans ma valise à essayer de m'en défaire. J'essaie de démêler mes cheveux de la valise mais plus je tire et plus c'est douloureux. Bon, d'accord... Pitié faites que quelqu'un m'ait vu et décide de venir m'aider.

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⏰ Last updated: Oct 30, 2016 ⏰

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