Sur les ruines d'un monde effondré

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- Vous êtes atteint d'une grave maladie...

C'était la première fois que Yuiichi Shusaku voyait un médecin parler d'un ton aussi grave et immédiatement, il avait compris que quelque chose de terrible arrivait.

- J'ai le regret de vous apprendre qu'il n'existe à ce jour aucun traitement...

Il n'entendit pas la suite. Il venait de recevoir ce qui était l'équivalent d'une condamnation à mort.

- Il vous reste peut-être six mois, un an...

Etrangement, il ne réagit pas. Ou il ne put réagir car on intervint à sa place, sa mère n'acceptant pas le diagnostic du médecin. Lui écouta les instructions du docteur et demanda à ses parents de les appliquer sans tergiverser. Mais sa mère s'y opposa, elle voulait voir d'autres praticiens, comparer les diagnostics et elle refusait de croire à tout ça. Son père, lui, paraissait tout simplement trop sous le choc pour savoir quoi faire.

Mais Yuiichi n'avait pas envie de voir d'autres spécialistes. Le docteur Temna était un médecin renommé qui le suivait depuis longtemps et il faisait parti de ces rares docteurs qui semblaient vraiment avoir un cœur aux yeux de Shusaku. Le jeune homme avait donc confiance en lui.

Alors, Yuiichi prit les devants et quitta la maison un matin de septembre. Il alla de lui-même à l'hôpital pour y rentrer et y être suivi durant ses derniers jours.

Dès lors, il aurait peut-être pu commencer à réfléchir à ce que tout ce que sa nouvelle situation entrainait pour sa vie. Peut-être pouvait-il commencer son deuil ? Mais ce dernier lui fut volé et ce fut le deuil de sa mère qu'il dût faire.

Cette dernière, toujours mentalement fragile, avait eu du mal à avoir des enfants. Elle avait souffert de deux fausses couches et son unique enfant avait failli, lui aussi, mourir, peu après la naissance. Elle était restée traumatisée toute sa vie et l'annonce du décès prochain du seul enfant qui lui avait été donné d'aimer pleinement avait fini par avoir raison d'elle. Elle s'était alors suicidée.

De nouveau, Yuuichi prit sur lui et assista aux funérailles. Il n'avait même pas eu le temps de prendre conscience de ce qui lui arrivait que le monde s'écroulait déjà autour de lui. Lui qui pensait partir en premier, il se trouvait pris à contre-pied. Cela lui laissait une impression surréaliste et la distance entre la réalité de sa situation et la perception qu'il en avait s'en trouvait accentuée.

Ce fut lors des funérailles qu'il vit pour la dernière fois son père. Il n'avait jamais été proche de lui. Ils étaient restés loin l'un de l'autre et dès qu'il le put, l'homme s'en alla et disparu dans la nature. Il avait peut-être fini par faire le deuil de ses responsabilités. C'est du moins ce que le jeune homme pensa.

Il fut donc seul à son retour à l'hôpital. N'ayant jamais eu d'amis ou de familles élargies, personne nz devait désormais lui rendre visite.

Dans son lit, au premier soir de son retour, il se demanda alors si ce n'était pas mieux ainsi ? Peut-être que, d'une certaine manière, il serait plus simple pour lui de quitter ce monde si personne n'était là pour le retenir ?

Son corps se détendit à cette pensée. Sa tête se tourna instinctivement vers la fenêtre de la chambre. Dehors, il neigeait. On était en décembre et les fêtes de noël approchaient. Mais cela ne lui traversa pas l'esprit. Par contre, il remarqua la sécurité interdisant qu'on puisse ouvrir complètement le panneau vitré. C'était sans doute dans le cas où l'on voudrait se suicider; pensa-t-il. Il eut un petit sourire et pensa "Que ce monde est macabre.".

Mais maintenant qu'il avait du temps pour réfléchir à sa situation, qu'est-ce qu'il convenait de faire ? Son visage se tourna vers le plafond lumineux de la pièce et il resta ainsi immobile, incapable d'ordonner ses idées. Les minutes s'égrainèrent mais il n'arriva pas à mettre des mots sur ce qu'il ressentait.

Ce qu'il nous reste à vivreStories to obsess over. Discover now