LOVE !! L'AMOUR!

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Il s'est approché de moi, lentement, prêt à attaquer sa proie. Je devais fuir, courir le plus vite que je pouvais, mais.. mes pieds restaient cloués au sol. J'étais pétrifiée à l'idée qu'il ait l'emprise sur moi, que rien qu'en croisant son regard ténébreux mes membres restent immobiles. Essayant d'agiter mes doigts, je sentis une énorme douleur, comme un poignard se plantant au creux de ma main. Je me pinçais les lèvres, m'efforçant de ne pas crier; les larmes roulaient le long de mes joues. Il avait l'air d'aimer, comme si mes sanglots le rendaient plus fort, plus sûr de lui. Le sourire narquois, il porta sa main à mon visage. En croisant ses grands yeux couleur or, ses lèvres pulpeuses et ses cheveux blonds parfaitement lisses qui recouvrent sont front étroit, je sus que ce serait les dernières choses dont je me rappellerais.

Brusquement, j'ouvris les yeux, laissant entendre ma respiration saccadée et mon cœur affolé. Encore ce stupide rêve, pensais-je en soulevant la couette. Chaque soir, avant de fermer les yeux, je redoutais le moment où je reverrai son visage et ses yeux jaunes m'envoyant des éclairs. Frottant les pieds sur le sol, je me dirigeais vers la salle de bain, qui était parfaitement rangée : aucune serviette traînant par terre, pas une goutte d'eau dans le lavabo, ni de buée sur les miroirs. Mon père est très perfectionniste, ma mère ne l'était pas, c'était presque pour cette raison qu'elle était partie.. sans moi. Lentement, je déboutonnai ma chemise de nuit, la laissant glisser le long de mes jambes, puis entrai dans la baignoire éclatante de blancheur. En plus d'être tâtasse, mon père, Paul, est économe, l'eau ne doit pas dépasser plus de 31°. Les minutes passèrent et rapidement je sortis du bain tiède, recouvrant mon corps d'une serviette repassée avec grand soin, et je me dirigeai vers ma chambre. Évitant les piles de photos - prises par mes soins, qui jonchaient le sol, j'ouvris la commode face à la fenêtre entrebâillée, sortis quelques vêtements puis enfilai un short en jean et un sweat couleur pêche. Bizarrement, aujourd'hui, j'étais heureuse de me rendre au lycée. J'avais préparé la veille mes cours, ma tenue de danse, un livre que je lisais pendant mes heures de creux et mon appareil photo enveloppé dans sa sacoche. C'était une habitude. Mais j'avais la sensation qu'aujourd'hui, quelque chose changerait, qu'il y aurait une chose nouvelle. Prenant mon sac sur l'épaule, je sortis direction le bahut. Sur le chemin, il y avait les grands saules pleureurs que j'avais pris tant de fois en photo. Les champs de blés, aussi, la où Barbara et Diane, mes deux meilleures amies, posaient souvent pour moi. Elles portaient de belles robes colorées avec de petits motifs fleuries. Quand je vis le soleil se lever près du lac, un sourire se figea sur mes lèvres. Doucement je sortis mon appareil de mon sac puis avançai d'un pas déterminé vers l'étang. Devant moi, les rayons orangés se reflétaient sur l'eau verdâtre, ceci formait un magnifique mélange de couleurs. Je me plaçais à droite, de façon qu'on puisse voir l'herbe desséchée, ça donnait un certain style à la photo, j'aimais ça. Quand je m'apprêtais à appuyer sur le bouton, un jeune homme passa devant l'objectif, à quelques mètres de moi. Il n'avait sûrement pas remarqué que j'avais un appareil photo en main. Il marchait le dos droit, menton relevé, il avait l'air fier, sûr de lui. C'est alors que je croisai son regard. Ces yeux.. Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau; marron avec de petits filaments dorés, la pupille noire comme l'abîme, ressortant avec la pâleur de sa peau parfaite. Je baissais les yeux timidement - même si, il n'avait pas vu que je le transperçais - regardant l'écran de mon engin. Je devais immortaliser ce moment. Avant qu'il puisse quitter mon champ de vision, j'appuyai hâtivement sur l'interrupteur, essayant de dissimuler le bruit du déclencheur. Il prit de suite trois photographies parfaitement cadrées, on pouvait apercevoir le soleil éblouissant, l'herbe desséché par ce dernier, l'étang et l'inconnu au regard pénétrant.

Traversant l'encadrement de la grande porte menant au hall du lycée, et passant au travers des élèves agités, tous plus âgés que moi, je vis Barbara adossée à son casier, les mains dans les poches. Elle avait l'air ailleurs, le regard vide. Je m'approchai d'elle, heureuse de la voir. Quand elle entendit mes chaussures couiner contre le carrelage beige, elle tourna vivement la tête. J'aperçus ses yeux bleus maquillés d'un contour noir. Elle m'adressa un sourire. Ses cheveux roux étaient attachés - une des rares fois où elle ne les laissait pas tomber sur ses épaules. Elle portait un short en jean, faisant ressortir ses fines jambes bronzées avec un débardeur blanc accompagné d'une veste dans les tons bleu marine, comme ses yeux. Barbara a toujours été coquette, elle choisissait minutieusement ses vêtements et ses bijoux; ses coiffures devaient être parfaites, à chaque fois. Elle me tourna le dos, ouvrant son casier pour en sortir quelques photographies, ressemblant à celles que je prenais d'habitude.
- Tiens, dit-elle en me les tendant, je les ai trouvées dans un vieil album photos, au grenier. Plissant les yeux, elle continua ses propos. Je crois bien que c'étaient les toutes premières que tu avais prises.
- Oh, merci, dis-je en lui prenant des mains la pile d'images.
Une à une, je les regardais, passant d'une photo d'un petit cactus, à une autre où un aigle noir, aux yeux dorés - d'un air sournois, on aurait même crû qu'il souriait, était perché sur un grand sapin, jusqu'à celle où Barbara faisait la roulade sur les grandes herbes, près de l'étang. Elle n'avait pas plus de huit ans et le paysage paraissait beaucoup plus joli. J'examinais la prochaine photo, mais cette fois-ci, elle paraissait différente, elle n'avait pas l'air d'être de moi. Les sourcils froncés, je relevais la tête pour faire face au visage de la belle rousse, j'étais prête à lui demander qui l'avait prise, mais elle m'ôta les mots de la bouche:
- C'est moi qui l'ai prise, c'était pour comparer, dit-elle d'une voix douce, le sourire aux lèvres, on voit vraiment la différence, entre tes photos et les miennes.
Mon casier était tout juste à côté de celui de Barbara, les casiers les plus grands sont réservés aux sportifs. Prenant le petit cadenas accroché à celui-ci, j'y entrai la combinaison, et l'ouvris pour poser délicatement mes images, et au passage ma tenue de danse. Je sentis Barbara appuyer sa main soigneusement manucurée - avec un vernis rouge pétant, assorti à celui de ses doigts de pieds qui se voyaient entre ses spartiates noires, sur mon épaule.
- Il est temps d'aller s'amuser, s'interrompit-elle brusquement, il est temps d'aller s'amuser avec les chiffres, bredouilla t-elle ensuite, suggérant que nous devions aller bosser nos mathématiques.
- Génial, ironisai-je.

L'Amour...tout simplement Where stories live. Discover now