Ah l'hiver québécois. C'est icitte que je suis née pi je m'habitue pas. Pôpa part tous les hivers dans le bois, pour faire un peu d'argent pour notre famille. Môman sans pôpa c'est triste de la voir. Enfin, moé je trouve. C'est pour ça que l'hiver, ça a beau être jolie avec ses flocons blancs, je suis toujours triste.
Je m'appelle Armande, je suis née il y a de ça 16 ans, en Janvier 1859. C'était la plus grosse tempête du siècle d'après mes parents, à croire que l'hiver pi moi ça faisait déjà deux. Le bon Dieu m'en voulait apparement. J'ai six frères et sœurs, tous plus jeunes. Môman m'a dit qu'elle avait déjà eu un autre bébé avant moi, mais qu'il était mort pendant la naissance. Ça arrive souvent dans notre village, le médecin n'arrivait pas à tous les sauver. Pi quand c'est pas le bébé, ben c'est la mère qui en meurt. C'est pour ça que moi, j'veux pas de bébé.
J'ai décidé quand j'avais 6 ans, que j'aillais rentrer dans un couvent et me cloîtrer. L'hiver est moins rude là-bas à ce qu'on dit. Le bon Dieu les protège ces sœurs-là.
J'me suis toujours occupée de mes frères et sœurs. Ma mère l'hiver tombait toute triste. Pôpa lui donnait sa vigueur et souvent lorsqu'il partait, ben elle était enceinte. Je m'y connais pas trop trop en santé, mais d'après le médecin, ses hormones la mettaient dans un stade plus avancée de tristesse. C'était courant chez les femmes y me dit. Encore cette hiver, elle était engrossée. À 35 années de vie, Môman n'était toujours pas capable d'élever ses enfants. C'est pourquoi, en remplaçant ma mère, j'avais déjà donné pour élever des enfants. Le cloître me paraissait plutôt comme un échappatoire. En plus, c'était à Montréal! J'avais jamais vraiment été plus loin que notre petit village.
Pendant le reste du temps, je lisais les rares livres que ma voisine, la maîtresse d'école, une grande brune forte de caractère, me passait. Je les dévorais d'un boutte à l'autre. Je m'imaginais danser à Paris ou dans les rues de la gran' ville. Mais la seule façon de partir chez moi c'était le cloître. J'étais pas ben ben jolie. J'avais des tâches de son partout sur le visage pi de grandes boucles de couleur presque beige. Faque le mariage pour moi était pas une option.
Pi des amis? Ben j'en avais plus ou moins dans mes voisines, mais c'était pas vraiment mon fort le social. Moi me mettre belle pour tous les garçons du village, c'était pas vraiment mon truc. J'avais d'autres choses à faire. Alors les filles de mon âge me regardaient de haut avec leur bouche pincée dédaigneusement à mon égard.
Alors j'en avais marre. J'en ai parlé à mes parents et ils ont accepté que je rentre au couvent en Septembre prochain. Seulement 8 mois! J'étais ravie. Ma mère essayait encore de me présenter les fils des bons amis de la famille ou du cousin du voisin de la sœur de son amie. Dans le fond, elle avait peur d'être toute seule. Je l'aidais moi. Mais ma décision était prise. Les garçons, c'était définitivement pas pour moi.
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Dans le temps où la neige tombait
Historical FictionPetit village québécois. Hiver 1875. Armande n'attend que Septembre pour rentrer au couvent. Le cloître lui permet de s'évader. Mais s'il y avait quelqu'un qui lui donnait le goût de rester?
