Prologue

123 6 0
                                        

Mon regard passe de la pile de papier sur la table à l'horloge dans le coin de la pièce. À côté de ma main manucurée pour l'occasion, il y a le stylo qui va sceller mon destin. Si je le prends et que je signe le contrat, je serais officiellement mariée à Achille d'Avillac.

Nous sommes tout les deux assis sur les chaises en velours rouge de l'hôtel de ville face au maire, dos à nos familles, entourés de caméra.

Je me décide enfin à le regarder : depuis le moment où je suis rentrée dans la pièce au bras de mon père je n'ai fait que regarder droit devant moi, écoutant d'une oreille distraite le discours nous rappelant les lois.

Il sourit, il a dû voir que j'ai tourné la tête vers lui car ses yeux me regarde discrètement.

-Monsieur, s'il vous plaît.

L'élu avance le contrat vers lui alors qu'il saisit le stylo noir et doré. Sa main gauche est pleine d'assurance et la mine glisse sur le papier pendant que la caméra la plus proche fait un gros plan sur le bas de la page.

Après cet acte irréversible, même pour lui, il me tend l'objet qui va changer ma vie, nos vies, notre vie.

J'hésite. Encore. Il est le meilleur parti du monde mais j'hésite.

Ma main tremble, mes doigts touchent le métal froid et le serre. Achille hoche la tête comme pour m'encourager et mes yeux partent vers le contrat. La pointe s'en approche et reste en suspend quelques instants.

Une future-mariée hésitante c'est parfait pour l'audience, c'est croustillant, non ? Ma remarque me fait rire intérieurement, je commence déjà à penser à comment vont me voir les deux milliards de personnes qui regardent mon mariage en direct.

J'inspire un grand coup et j'appose ma signature sur le document. Dès que la mine touche le papier, je ressent une piqûre sur mon index. Le stylo vient de prélever une goutte de mon sang pour officiellement m'inscrire dans le registre des femmes mariées. Et aussitôt on me retire le contrat et le maire incite les invités à se lever.

-Je suis heureux de vous annoncer l'union d'Achille d'Avillac et Calypso d'Éther. Que la société vous aime tels que vous êtes. Vous pouvez embrasser la mariée.

Mon « mari » se lève et me tend ses mains dans lesquelles je glisse les miennes comme le veux la tradition. Il me regarde droit dans les yeux et j'ai peur de m'y perdre un jour. Alors qu'il approche ses lèvres des miennes il abandonne mes mains qui pendent à présent dans le vide. Les siennes viennent se coller sur mes joues, près de mes lèvres, comme pour les cacher des caméras.

Sa bouche s'approche mais au lieu de m'embrasser sur la bouche, ses lèvres se place juste en dessous des miennes, à la naissance de mon menton, dans le creux de ses mains.

Et ça, les caméras ne peuvent pas le voir.

Merci Achille.

Bleu+Mauve=...?Where stories live. Discover now