Chapitre 1

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Mae


        Derrière les portes en chêne massif de la salle de conférence du palais de Valoria, j'époussette le tailleur et retouche les cheveux d'Alessandra, ma meilleure amie qui est également la Princesse de Valoria.

        – Attends deux secondes, tu as une mèche qui dépasse, je dis.

        – C'est pas grave, je ne vais pas mourir pour si peu. Arrête donc de stresser, c'est moi qui devrais être nerveuse, réplique Alessandra.

        – Ah parce que tu n'es pas nerveuse toi ? je m'exclame.

        – Bien sûr que si, mais moi c'est parce que je vais parler devant des dizaines de journalistes, ajoute Alessandra en se dirigeant vers la porte la séparant de la salle.

        – Et moi je stresse de ce que tu pourrais dire, je souffle.

        Les deux gardes postés de part et d'autre de la porte l'ouvrent. L'agitation, qui était jusqu'alors coupée par la porte, déferle. J'emboîte le pas d'Alessandra, la rejoignant, tout en restant à deux pas derrière elle, comme le veut le protocole.

        Les flashs des appareils photos ne cessent de nous éblouir, mais Son Altesse ne laisse rien paraître et se dirige vers la chaise prévue à cet effet. Quant à moi, je reste en retrait, mon agenda à la main, au cas où elle aurait besoin de moi.

        La conférence se termine sur une note joyeuse quand la Princesse fait une blague et que les journalistes rigolent. Cette fois encore elle a fait du bon boulot. Je m'avance vers elle pour lui chuchoter à l'oreille que nous devons partir pour un autre de ses rendez-vous. Je m'occupe de prévenir les journalistes en disant que la conférence est finie pour aujourd'hui et je suis Son Altesse vers la sortie tandis que les deux gardes de tout à l'heure lui rouvrent la porte pour quitter la pièce.

        – Alors ? Tu en as pensé quoi ? J'ai été génial hein ? Me demande Alessandra en se retournant vers moi.

        – Oui ! Tu as vraiment cartonné cette fois Alessa ! Et cette blague que tu as faite à la fin ? C'était du pur génie ! je réponds, enthousiaste. Mais maintenant, tu as un repas avec tes parents.

        – C'est déjà l'heure ? souffle-t-elle

        – Eh oui. Je t'accompagne jusqu'à la salle.

        – D'accord.

        Nous nous dirigeons vers la salle à manger où les parents d'Alessandra l'attendent déjà. Matthias, leur assistant, m'a envoyé un message plus tôt pendant la conférence m'en informant. Je l'avais prévenu de notre retard mais cela n'a pas semblé déranger Ses Majestés. Une fois que nous arrivons devant l'immense porte de la salle à manger, Alessandra fait volte face.

        – Tu ne peux pas manger avec nous ? Je n'ai pas envie de me retrouver toute seule face à eux, me supplie-t-elle.

         – Tu sais très bien que non. Mon devoir est de manger avec les autres domestiques, je lui dis, en souriant doucement.

         – C'est vrai, le protocole...marmonne-t-elle.

         – Matthias m'enverra un message quand ce sera fini et je te rejoindrai pour tes missions de l'après-midi. 

         Je fais une légère courbette avant de tourner les talons pour me diriger vers les quartiers des domestiques. Son Altesse adore ses parents, mais elle n'aime vraiment pas manger avec eux. Trop de règles.

         Quant à moi, j'entre dans les quartiers des domestiques. L'ambiance tendue et l'atmosphère bruyante me sautent au visage. Les cuisinières s'affairent à couper des légumes et préparer les ingrédients autour de l'immense îlot central tandis que d'autres se dépêchent de cuire les plats devant les gazinières. Pour la plupart, ils ont déjà tous mangé avant le service de Ses Majestés. Je cherche Madame Beatriz du regard. C'est l'intendante de ce palais et elle m'a pratiquement élevée. Mes parents sont morts quand j'étais jeune, ils travaillaient aussi au palais. Alors quand ils sont décédés, Madame Beatriz, que j'appelle Mamie Bea, m'a recueilli et m'a élevée.

        Je l'aperçois enfin au loin. Je veux aller la saluer mais malheureusement, il y a trop de gens entre nous et j'ai honte de les gêner. Alors j'attrape une assiette qui reposait sur le comptoir et pique dans un plat à l'abandon ce qui semble être du râgout de bœuf. Une fois servie, je m'assieds en coin de table, en espérant ne pas trop gêner et je passe le temps sur mon téléphone.

        En général, les repas de famille au sein du palais sont extrêmement longs. Une fois mon assiette terminée, je sais que j'ai le temps de retourner dans ma chambre en vue des activités d'Alessandra. Je m'allonge sur mon lit, mon agenda en main, révisant ce que je dois faire. Mes yeux survolent mon écriture, mais mon esprit, lui, diverge. Je profite de ce rare moment de solitude pour glisser les doigts soit le col de ma chemise pour en sortir la chaîne qui ne me quitte jamais.

         Au bout du fil en argent, pend une bague, légèrement patinée dont je connais chaque gravure par cœur. Huit ans. Huit ans qu'il est parti à l'armée. Huit ans que j'attends un signe, une lettre, n'importe quoi qui me prouverait que la promesse de nos dix-sept ans tient toujours. Est-il seulement encore en vie ?

         Une vibration me fait sursauter et je lâche la bague qui retombe lourdement contre ma poitrine. Je prends mon téléphone, lisant le message de Matthias.

         « Le repas de Ses Majestés est terminé. Son Altesse est retournée dans ses quartiers. »

           Je le remercie avant de ranger mon agenda et de réajuster mon uniforme devant le miroir pour masquer la bague. Je prends une grande inspiration. Le devoir m'appelle. Je remet mon masque de demoiselle de chambre parfaite sur mon visage et quitte ma chambre. Je n'ai aucune idée que mon passé est déjà en train de franchir les grilles du palais. 

La Promesse de l'OmbreStories to obsess over. Discover now