Mon père m'a appris à faire mes lacets quand j'avais quatre ans.
Le vélo est venu l'année d'après, bien trop grand pour ma taille, et sans les deux petites roues à l'arrière.
J'ai appris sans même encore avoir l'équilibre pour tenir dessus ou la force dans mes jambes pour pédaler. Il ne me relevait pas quand je tombais, ni ne me réconfortait quand mes petits genoux étaient éraflés. Il se tenait simplement à l'arrêt un peu plus loin, pied à terre et mains sur le guidon, prêt à repartir et dans l'attente que j'en fasse de même d'un regard par-dessus l'épaule.
Alors, sanglotant à chaudes larmes, je me remettais en selle et j'essuyais mes joues tout seul.
Il n'a jamais été le père qui jouait avec son fils, qui l'emmenait au cinéma ou lui enseignait à propos des filles. Chaque moment passé ensemble se transformait en leçon de morale et de vie. J'en venais à envier les enfants des autres.
Alors que les petits garçons faisaient leurs propres expériences, je devenais obsédé à rendre fier mon père. Des notes jusqu'aux prouesses sportives, de mes fréquentations à mon apparence physique. Rien n'était jamais assez bien.
Il a fallu qu'un événement traumatisant brise le cours de nos vies pour que mon esprit encore malléable réalise que mon paternel n'était pas celui que je voulais être.
J'ai changé, assumant ma singularité jusqu'à l'affiner, tandis que mon père restait fidèle à lui-même.
Ces derniers jours ont fait partis des pires. Je ne l'ai jamais vu aussi déçu de moi. Pas même quand j'étais revenu en sang après m'être battu au club de natation. Ni quand le paquet de cigarettes, habituellement dans le fond de mon sac, était posé sur la table à manger.
Il n'y a rien de pire pour lui que l'échec académique.
- Tu n'as rien oublié ? Tes cahiers d'exercices, tes manuels ?
Je ne réponds rien. Pas parce que je ne sais pas, mais bien parce que je refuse de lui adresser la parole.
- Et le livre que je t'ai pris pour réviser, tu l'as emmené ?
Sa voix s'épuise dans mon dos. Je marche sur le quai plus rapidement encore, les roues de ma valise traînent sur le goudron brûlant. Le train est là, prêt à partir d'une minute à l'autre. Dans quelques heures, je serais à des kilomètres d'ici, condamné pour un été entier.
Une main se ferme sur mon avant-bras au moment où mon pied quitte le quai pour le wagon.
- Bon sang Axel...
Mon père reprend son souffle, indifférent au fait que sa poigne est bien trop forte. Ses yeux sombres se lèvent sur moi. Il a cette façon de me regarder depuis ma majorité, ni neutre ni sévère, plutôt comme si j'étais un étranger dans son existence. Un adulte en face d'un autre.
Nos regards ont le don de se fuir aussitôt qu'ils se croisent. Aujourd'hui, ça semble différent.
- Ta tante te récupère à la gare. Sois sage et aide aussi dans la maison.
Mon mutisme a raison de lui, il me lâche finalement.
Ses lèvres s'entrouvrent une nouvelle fois, dans une ultime tentative. Il inspire pour parler mais on dirait bien que les mots meurent dans sa gorge. Alors il se ravise et aussitôt, je fais volte-face sans un regard en arrière.
Je veux qu'il comprenne que sa décision me fait souffrir. Je rêve de le lui dire en pleine face, mais entre nous, ça fait longtemps que les mots ont cessé de s'utiliser dans le but de communiquer.
Je pousse ma valise dans le compartiment dédié et trouve mon siège. J'essaie de ne pas regarder l'extérieur par-delà le carré de fenêtre pour éviter de le voir marcher vers le parking. Sa femme attend dans la voiture, probablement impatiente à l'idée de passer ces prochains mois seule avec son nouveau mari.
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Chasing the Wind [MXM]
RomanceÀ 18 ans, on ne pense pas à passer son été dans la campagne profonde. Axel n'a pourtant pas le choix. Envoyé dans la maison de sa tante pour trois longs mois, le jeune citadin se prépare à vivre l'ennui et la solitude. Mais les choses pourraient bie...
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