We've updated our Content Guidelines.
Review the latest guidelines to keep sharing stories safely.

Chapitre 1 ( Camille)

15 2 0
                                        

Il faut cueillir le jour sans se soucier du lendemain – Carpe Diem

La musique pulse dans mes veines. Pour une fois, je veux juste me laisser porter sans penser à demain ou à ce que je vais trouver en rentrant à la maison. Ce soir, je suis là pour danser, pour faire la fête avec mes amis.

Je suis heureuse d'avoir suggéré cette sortie en boîte avec les autres danseurs de la troupe. Que Damien, le nouveau de la troupe, ait accepté de venir tient du miracle ! Depuis qu'il est arrivé dans notre compagnie, il n'arrive pas à s'intégrer. Sauf que le bel asiatique doit danser avec mon amie Evy et qu'ils ont les rôles principaux de notre prochain ballet. Ce serait bien qu'ils s'entendent un minimum !

Le Nyx est comme toujours bondé. Heureusement, nous avons réussi à retenir un carré VIP. Ceci dit, pour le moment, nous n'en avons pas profité : j'ai entraîné mes amies sur la piste immédiatement.

L'une des particularités de cette boîte de nuit, outre le fait qu'elle ne diffuse que des musiques des années 80, c'est que c'est un des rares établissements à organiser encore des quarts d'heure de slows.

Je suis ravie de voir que Damien a invité Evy pour danser. Ils vont peut-être enfin se rapprocher.

Alors que je me dirige vers la table où m'attend le reste de la troupe, mon regard croise celui d'un homme accoudé au bar. Blond, les yeux bleus les plus clairs que je n'ai jamais vu et un sourire ultra-bright. Pas forcément mon genre, visiblement un peu trop vieux pour moi mais j'avoue que je ne suis pas insensible à son charme. Un petite côté Patrick Jane qui me plait bien...

Nous nous fixons pendant une poignée de secondes avant que David, un autre danseur de notre compagnie, ne m'attrape la main pour me faire tourner sur moi-même avant de m'envoyer en direction du coin que nous occupons. Je ris et, quand je suis de nouveau dans l'axe du beau gosse, ce dernier a disparu. Tout en me trémoussant sur la musique, je fouille la foule des yeux pendant un moment quand une voix chaude ne demande à mon oreille :

— C'est moi que vous cherchez ?

Je me retourne brusquement. Mister Beau Gosse est là, à quelques centimètres de moi. Si près que je peux sentir son parfum et deviner son torse musclé sous sa chemise blanche. Si près que je dois lever la tête pour le regarder dans les yeux.

— C'est moi que vous cherchez ? répète-t-il.

— Je ne cherche personne ! Je suis là pour danser !

— Alors dansons !

Sans me donner le temps de répondre, il s'approche encore un peu plus et cale le rythme de ses pas sur les miens. Il ne me touche pas et se contente de plonger son regard dans le mien. Je suis hypnotisée. Il dégage de lui une telle prestance. Ses mouvements sont fluides. Il sait indéniablement bouger.

Je prends le temps d'étudier ses traits. Maintenant que je le vois de près, je pense qu'il doit avoir la trentaine. Il a les traits halés de quelqu'un qui passe du temps au grand air. Son teint mate fait ressortir la couleur pâle de ses yeux.

La chanson sur laquelle nous dansions se termine. Alors que je vais m'éloigner, il me retient par le bras et se penche à mon oreille :

— Je peux vous offrir un verre ?

Étrangement, ce vouvoiement désuet me donne confiance alors je ne réfléchis pas et j'accepte. Je fais un petit signe à Evy, qui est retournée s'assoir, pour lui dire que je la rejoins après. Elle lève les yeux au ciel. Je sais qu'elle n'approuve pas que j'enchaîne les relations d'un soir. Elle ne me juge pas. Elle pense juste je devrais prendre plus mon temps.

Mon cavalier n'a pas lâché mes doigts. Sa peau est douce et sa main tellement grande qu'elle recouvre la mienne. Il m'entraîne vers le bar. Il m'interroge sur ma boisson avant de passer commande. Puis il se dirige vers la cour intérieure de la boîte en me tirant toujours en remorque. Nous montons quelques marches avant de pousser la porte qui nous mène à l'air libre. Une fois la porte claquée derrière nous, le brouhaha de la discothèque disparaît. Quelques groupes épars discutent entre les quatre murs qui constituent le seul espace extérieur de l'établissement. Pour la plupart des fumeurs. Aussi, je m'attends à ce que celui qui m'accompagne sorte un paquet de cigarettes. Mais il n'en est rien.

— Discuter dans une boîte, c'est mission impossible, explique-t-il avec un sourire craquant.

J'acquiesce, attendant la suite. Et comme aucune conversation n'est amorcée, je me donne une contenance en buvant une gorgée de mon cocktail.

— Comment vous appelez-vous ? finit-il par demander.

— Camille. Et vous ?

— Appelez moi Hoff.

Je pouffe de rire. Il lève un sourcil, visiblement froissé.

— Pardon, j'ai du mal avec les surnoms.

— C'est très commun aux States...

Voyant que je ne comprends pas, il continue :

— J'ai passé les dix dernières années à Los Angeles.

C'est plus fort que moi, je lève les yeux au ciel : encore un mec qui veut me faire gober un métier de rêve, une carrière flamboyante...

— Vous ne me croyez pas ?

Devant son air outré, j'éclate de rire.

— Tant pis... Après tout, je n'ai pas à vous convaincre de quoi que ce soit... Dites-moi plutôt, Camille, ce que vous faites dans la vie ?

— Je suis danseuse.

Il se raidit. Bizarre.

— Je danse au sein d'une compagnie.

— Un métier passionnant.

— Et très exigeant.

Il continue de m'interroger sans que ce soit trop intrusif. Il a vraiment l'air de s'intéresser à ce que je fais. Ce n'est pas désagréable. Il reste vague quant à son métier et m'indique simplement qu'il est dans le divertissement.

— Vous êtes ici en vacances ?

— Disons plutôt que j'envisage un changement de vie.

— Oh vous quittez Los Angeles pour Paris ?

— Oui. J'envisage de revenir au bercail : je suis français. Les Etats-Unis, ça n'était pour moi qu'une tranche de vie. Enfin, si mes projets se concrétisent... Sans doute dans quelques mois. Pour le moment, je vais devoir retourner à Los Angeles. Je ne suis ici que pour quelques jours.

Nous échangeons encore quelques banalités mais je commence à m'ennuyer.

J'ai envie de plus. J'ai envie d'un baiser passionné, d'une étreinte fougueuse, de draps froissés... Or Hoff n'est visiblement le genre d'hommes à proposer un coup d'un soir.

— Je vais retourner à l'intérieur. On m'attend, m'entends-je répondre en désignant la porte.

Je tourne déjà les talons mais Hoff me rappelle.

— Une dernière danse avant de partir ?

J'hésite. Nous ne cherchons visiblement pas la même chose.

— S'il vous plaît... C'est ma dernière soirée en France.

Une étincelle s'est allumée dans son regard. J'ai bien envie de souffler sur les braises pour voir où cela nous mène. Après tout, s'il quitte le pays demain, ce ne sera qu'une soirée sans conséquence.

AdageStories to obsess over. Discover now