Je m'appelle Lina Morel. J'ai dix-huit ans, une collection un peu ridicule de carnets jamais terminés, et une tendance à trop réfléchir à tout — surtout aux choses qui n'ont plus de solution.
Avant, quand on me demandait de me décrire, je disais toujours trois choses :
je suis quelqu'un de loyale, je crois à l'amour, et j'ai une meilleure amie depuis toujours.
Maintenant... je ne suis plus sûre d'aucune des trois.
Lui, c'était Hugo.
Hugo Delmas.
Le genre de garçon qui sourit comme s'il n'avait jamais rien fait de mal de sa vie. Celui qui te regarde comme si tu étais la seule personne dans la pièce... jusqu'à ce que tu réalises que ce regard, il sait le donner à d'autres aussi.
On s'est rencontrés au lycée, devant la salle de français. J'avais fait tomber tous mes stylos (évidemment), et il s'était accroupi pour m'aider à les ramasser.
Cliché ? Totalement.
Efficace ? Malheureusement, oui.
Et puis il y avait elle.
Camille.
Camille Renaud, ma meilleure amie d'enfance. Celle qui connaît mon dessert préféré, mes films doudous, et le nom de mon premier crush en primaire.
Celle avec qui j'ai appris à faire du vélo, avec qui j'ai pleuré pour des raisons stupides, et avec qui je pensais tout partager.
On disait toujours qu'on était comme des sœurs.
Je déteste un peu cette phrase maintenant.
Si je devais être honnête, Camille a toujours été... plus lumineuse que moi.
Plus spontanée, plus drôle, plus facile à aimer.
Moi, j'étais la fille à côté. Celle qu'on remarque après.
Mais ça ne m'avait jamais dérangée. Parce qu'elle, c'était mon exception. La personne avec qui je n'avais pas besoin de me comparer.
Et Hugo... eh bien, il était censé être mon choix.
Pas une compétition.
Tout était simple, avant.
Les messages du matin.
Les "tu me manques" envoyés sans réfléchir.
Les après-midis à trois où je me disais que j'avais tout ce qu'il me fallait.
Avec le recul, c'est presque drôle.
Parce que dans ces moments-là, je pensais vivre une histoire parfaite.
Alors qu'en réalité... j'étais déjà en train de partager quelque chose que je croyais être à moi.
Je crois que le pire, ce n'est pas qu'ils m'aient menti.
C'est que, maintenant, quand je repense à tous ces souvenirs...
je ne sais plus lesquels étaient vrais.
Et pourtant, malgré tout ça, si tu m'avais croisée ce fameux jeudi matin, tu n'aurais rien remarqué.
J'étais juste Lina.
Lina avec son café trop sucré.
Lina qui allait faire une surprise à son copain.
Lina qui pensait encore que l'amour, c'était quelque chose de simple.
Je me demande si cette version de moi me manquerait...
si je pouvais la revoir.
Parce que moi, je sais exactement à quel moment elle a disparu.
