Un matin tôt, fin août.
Enfin, les touristes commençaient à rentrer chez eux. Les cols d'Annecy retrouvaient leur calme, et les pistes cyclables respiraient de nouveau. J'adorais cette période de l'année, quand la montagne redevenait à ceux qui la respectaient.
La chaleur était toujours là, déjà lourde malgré l'heure. Je roulais tranquillement, le souffle régulier, en montant le col de la Forclaz. Une main sur le guidon, l'autre occupée à filmer le paysage. Le lac en contrebas était encore à moitié endormi, lisse comme un miroir.
Je savourais ce moment.
Puis tout s'accélère lorsqu'une voiture arrive à ma hauteur au même instant où un cycliste surgit derrière moi. Trop vite. Trop près.
Je le senti avant même de le voir. Sa roue m'a frôlée, son passage m'a déséquilibrée. J'ai juste le temps de décaler pour ne pas me retrouver contre le mur et le fossé plus bas.
Mon cœur a raté un battement. Sans un mot, il m'a dépassée. Comme si je n'existais pas.
Comme si la route lui appartenait.
La colère monta aussitôt.
— Fais attention, bordel ! lançai-je, la voix tremblante autant de peur que de rage.
Il ne tourna même pas la tête et continua à pédaler, imperturbable, déjà plus haut dans le col.
Je me redressai sur la selle, les mains crispées sur le guidon, le souffle court.
— Quel débile, pensai-je tout haut.
Je terminai la montée en ressassant cette rencontre. Ce mec arrogant, avec l'équipement d'un pro... mais qui n'était peut-être qu'un amateur de plus, persuadé d'être seul au monde.
Arrivée en haut du col, le calme me frappa. Il n'y avait presque personne.
Et je le vis.
Le gars en question était arrêté un peu plus loin, son vélo posé contre la barrière, occupé à prendre une photo du paysage.
Je m'arrêtai moi aussi. Pour la vue. Pas pour lui.
Mais c'était sans compter sur le fait qu'il se plaça juste à côté de moi.
— Vous pourriez faire attention, la prochaine fois ? Vous avez failli me mettre dans le fossé, dis-je malgré moi.
Il tourna enfin la tête vers moi.
— Vous parlez français, au moins ? lançais-je Touriste va !
La remarque le heurta.Je le fixai, prête à répliquer, quand il esquissa un sourire. Pas moqueur. Presque amusé.
— Vous preniez toute la place, ajouta-t-il simplement.
Il n'y avait pas le moindre accent. Pas l'ombre d'une hésitation dans sa voix. Il était français et manifestement sûr de lui.
Je serrai les dents. Ce type venait de m'agacer comme rarement. Arrogant. Sûr de lui.
Je me retournai vers le paysage pour ne pas lui répondre quelque chose que je regretterais. Mais je sentais encore sa présence à côté de moi.
Finalement, je décide de partir, remonte sur le vélo et entame la descente du col avant de rentrer chez moi. L'air chaud me fouette le visage, la route défile sous mes roues, et peu à peu, la tension retombe. La montagne fait ce qu'elle fait toujours : elle m'apaise.
Quand j'arrive chez moi, je ralentis enfin.
Mon chalet m'attend, grand, en pierre et en bois. Les larges baies vitrées s'ouvrent sur le paysage, sur les montagnes que je pourrais regarder des heures sans jamais m'en lasser. J'entre, je pose mes affaires, et je laisse le silence m'envelopper.
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L'échappée du cœur
FanfictionElyna est une kinésithérapeute installée à Annecy, également active sur les réseaux sociaux où elle partage des contenus de sport, d'étirements et de renforcement musculaire. Passionnée de vélo, elle mène une vie équilibrée et indépendante, marquée...
