La vapeur de la douche saturait encore la petite salle de bain quand je tente d'appliquer un trait d'eye-liner. Le plus dur, c'est toujours le deuxième parce qu'il faut faire la même chose de chaque côté.
Je ne sais même pas pourquoi je le fais encore, à chaque fois que je rentre il est quatre heures du matin, et je suis claquée. Me démaquiller est un véritable enfer.
J'entendis quelqu'un tambouriner contre la porte avant qu'elle ne s'ouvre d'un coup sec... C'est partie.
— Ama ! Ève a encore caché ma chaussure gauche ! Hurlait Kaël. Mon petit frère de huit ans, fougueux, têtu mais très serviable et gentil. Très beau aussi, les tâches de rousseur ornait son visage et était bien visible sur sa peau basané. Ses cheveux ondulés qu'il attachait toujours en chignon bas lui donnait du charme.
— C'est pas vrai ! Elle est tombée derrière le canapé toute seule ! Répliqua la voix aiguë de la plus petite. Ève avait cinq ans et avait déjà un caractère bien trempé sans jamais être irrespectueuse.
J'ai soupiré puis posé mon eye-liner. Je réfléchissais pendant qu'ils s'embrouillaient encore derrière moi.
À vingt-trois ans, mes traits étaient fins, d'une beauté naturelle mais marquée par une fatigue invisible. Une ombre sous mes yeux foncés que même l'anticerne ne parvenait pas à masquer tout à fait. Je portais déjà ma tenue de travail : une robe noire ajustée, m'arrivant aux genoux, professionnelle pour répondre aux exigences de la direction de la boîte.
— Kaël, cherche sous le canapé. Evy aide-le. Ordonnai-je avec une autorité douce.
Ils sont partis en direction du salon, se lançant des regards noirs réciproquement. Je fis de même avant de me tourner vers Noam. Mon premier frère de dix-sept ans, qui traînait dans le couloir, les écouteurs autour du cou. Ses yeux à lui étaient les plus durs à affronter parce qu'il voyait tout, il comprenait tout ce que je faisais pour survivre.
— Amaya dort ? Demandai-je en saisissant mon sac sur le canapé. Amaya ma petite soeur de quatorze ans, la plus timide mais notre relation a toujours été très paisible. Même si en ce moment, j'ai l'impression d'être moins proche d'elle. Moins proche de tout le monde peut-être...
Noam hocha la tête. Kaël et Ève finissent par se réconcilier et partent dans leur chambre en me lançant ce fameux « Arrivederci ».
On ne parlait pas souvent italien à la maison, ça nous rappelle le pays dans lequel on n'a plus jamais osé retourner depuis trois ans. C'était l'un des seuls héritages de ma mère : cette langue italienne. En revanche, dans le cas de mon père portoricain, il ne nous avait pas appris la langue.
— Je rentre tard, Noam. Tu gères le dîner ?
— Comme d'hab, Ama. T'en fais pas.
J'ai réussi à l'embrasser sur le font malgré qu'il soit bien plus grand que moi, ravalant cette boule de culpabilité qui me nouait la gorge chaque soir. Je n'étais pas leur mère, mais j'étais leur seul rempart contre le vide.
L'Abysse, la boîte de nuit, portait bien son nom. Située dans une zone industrielle reculée, au bout d'un chemin où les lampadaires grésillaient : mon lieu de travail depuis trois ans. J'étais partie pour faire des études de droits, mais la vie en a décidé autrement.
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Cible Protégée
Romance« Tu crois en une fin heureuse, toi ? » Voilà la question que s'était toujours posée Amaëlle Carver, mais cette fois, c'était Eden Sterling qui le lui avait demandé. Selon elle, c'est possible. Parce qu'elle n'en avait jamais eu une, alors c'était c...
