Aveuglé par mon besoin de contrôle, je suis tourné vers le passé car c'est ce dont je suis le plus certain. Je cherche à me définir par mes expériences mais je crois que ce n'est pas vraiment ça.
Cela commençait toujours de la même manière. Au détour d'un énième croisement de tunnels, le compteur Geiger s'affolait, le grésillement semblait hurler dans mes oreilles et resonner contre les parois froides, et le regard se mettait à se troubler, à la manière d'une vieille télé de mon enfance, dont l'onde radio aurait disparue.
Et pourtant, dans les radiations, quand les mains commencent à brûler et que la peau se décompose, c'est à ce moment là que tout est calme. Le stresse et les angoisses du quotidien nous abandonnent soudainement. Rien n'a plus de sens.
Que se passe-t-il après tout ça alors ? Rien, encore rien. Chaque fois, lorsque les abysses sont les plus proches, lorsque la chute n'est pas loin et que la mort tend sa main, tout s'arrête. Je ne saurais dire ce qui me "sauve" à chaque fois, mais je parviens à me relever, les ondes gamma disparaissent, me laissant agoniser au sol, mais en vie.
Je crois que là encore, je suis terrifié. Quelque chose m'a sauvé la vie, m'a extirpé de cette situation, mais incapable de savoir quoi, deux ou trois fois déjà. Un sentiment de faiblesse indescriptible nait juste là, au sein de l'esprit qui se relève peu à peu. Le sentiment que l'on a été incapable de se sauver soi-même, que notre survie ne dépend que de l'action de quelqu'un d'autre, un inconnu. Alors on se dit que si cela devait arriver à nouveau, on périrait pathétiquement par faute d'inaction. De plus, on apprend rien de notre propre perte. On se dit juste "c'est passé". Et ça, je crois que ça me donnait l'impression de pourrir et m'évaporer à l'air libre.
Alors souvent, je me revois dans ces moments, rampant dans les conduits du métro, seul, dans le noir, le compteur criant entre mes mains et les tempes qui battent comme des tambours. La figure fracassée contre le béton froid et mouillé, la bouche qui crache le sang et les yeux qui semblent subir le contact de l'acide. Je me dis que tout peut disparaître à nouveau, que l'envie de crever ne partira jamais vraiment et que la seule chose dont je pourrais être maitre, c'est mon éradication par les radiations.
J'en ai marre de marcher dans les tunnels, a attendre patiemment de trouver une sortie. Je ne veux pas mourir ici, entre le béton et l'air contaminé.
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Discorde
PoetryJ'écris beaucoup, je me perds et je me force. Mais au fond, je ne sais juste pas comment faire tenir tout ça, je ne saurais organiser toutes ces idées.
