J'avais encore l'âge des rêves un peu flous,
Des colères sans raison, des sourires à moitié,
Quand la vie m'a arraché le seul pilier debout,
Et qu'un vide immense est venu me remplacer.
On dit qu'un adolescent se construit lentement,
Moi, j'ai dû grandir d'un coup, brutalement.
J'attendais qu'elle entre encore dans la pièce,
Qu'elle dépose ses mots comme on pose un baiser,
Qu'elle me serre contre elle pour calmer mes faiblesses,
Mais l'absence fait un bruit que je n'ai pas su apprivoiser.
Les autres continuaient d'avancer sans me voir,
Ils riaient, ils vivaient, comme si rien n'avait changé.
Et moi, je traînais un chagrin trop lourd pour mon âge,
Un adieu trop grand pour un cœur en papier.
J'aurais voulu lui dire : Regarde, je tiens debout,
Même si mes nuits tremblent, même si mes jours s'éffritent.
J'aurais voulu qu'elle voie que je deviens malgré tout
La personne qu'elle espérait, même si la vie m'irrite.
Parfois, je sens son souvenir comme une main sur mon dos,
Un souffle discret qui m'aide à respirer.
Parfois, c'est un manque brutal, un écho,
Une vague qui revient juste pour me renverser.
Grandir sans elle, c'est avancer dans le noir,
Mais chaque pas que je fais porte un peu de sa lumière.
Et même si l'adieu m'a fait perdre trop d'espoir,
Je continue pour deux, pour moi, et pour ma mère.
