Chapitre 1

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Assise au milieu de ma chambre à présent vide, je fixai le mur. Ce mur qui m'avait vu grandir, qui avait vu mes premières déceptions amoureuse, mes premiers chagrins, mais aussi mes premières amitiés réussies et mes premières fiertés. Ce mur qui, quelques heures plus tôt, était encore couvert des photos de mes amis (enfin plutôt de mon ami) et des gens de ma famille (disons plutôt de ma mère et de mon père). Ce mur, à présent, était vide.

Il m'arrivait de lui parler, le soir. À ce mur. De lui raconter ma journée, mes balades, et les devoirs que ma maîtresse me donnait. Il m'arrivait même de lui expliquer mes cours, quand je me sentais seule. Quand Victor n'était pas là. Je me sens d'autant plus bête qu'à présent je vois enfin que ce n'était qu'un banal mur blanc, depuis le départ. Enfin, blanc... il porte aussi mes premières expériences de goûter au lit, de bombes de peinture dans la chambre et de bataille d'eau estivales avec Victor.

Mon regard dériva vers mes cartons, scotchés et remplis à ras-bord. J'ai fermé le dernier il y a presque une demi-heure, et depuis je fixe la chambre, essayant en vain de m'habituer à cette idée : je vais déménager.

Je ne pouvais pas en vouloir à papa. Je sais que les souvenirs que cette maison lui procurait lui faisaient autant de mal qu'ils me faisaient du bien. Je sais qu'il avait envie de prendre ses distances ; il en avait besoin. Mais moi, dans tout ça ?

Moi, j'avais besoin de mon meilleur ami. J'avais besoin de Victor. Mais là, je vais partir pour Perpète-les-oies, et j'étais sûre que là bas, il n'y aurait pas de Victor. Là-bas, il n'y aura rien pour moi.

Un bruit sourd se fit entendre, et je tournai la tête vers la fenêtre. Pas besoin d'avoir entendu d'où venait le bruit, c'est Jambon, le pigeon. Je me suis habituée à sa présence, et à celle de sa famille. Jambon était le descendant de P'tit Pois, par le biais de Camembert, son père. Il y en a eu plein, des pigeons de cette famille qui récupéraient tous les ans le même nid, dans le sapin au fond du jardin, mais ce qui est drôle, c'est que arrière-grand-père, grand-père, père, et fils, tous se cognaient la tête dans ma fenêtre.

-Hey, p'tit père, je te dis au revoir, à toi aussi.

Mon cœur se serra, tandis que le pigeon me regardait d'un air bête, attendant des graines. J'attrapai le paquet posé sur le rebord de la fenêtre et lui en jetai. Il les mangea précipitamment, et s'envola, me laissant seule avec mes souvenirs.

-Ma chérie! cria mon père depuis les escaliers.

C'était le signal. Les déménageurs étaient arrivés, et ils allaient emporter tous mes cartons et meubles. Ils allaient emporter mon enfance.

Et mon père et moi allions partir je ne sais où.


Tandis que papa faisait le plein, je sortis me dégourdir les jambes. Il semblerait que ma nouvelle maison soit à l'autre bout de la terre, ou un truc du genre, car ça fait deux jours qu'on est partis, et nous ne somme toujours pas arrivés. Il faut dire que Papa n'y met pas du sien non-plus : il respectait les limitations de vitesses, les pauses toutes les deux heures, et nous avait réservé des hôtels (et on se couchait à vingt, lever à dix heures). Avec tout ça, même aller chez les voisins aurait pris du temps !

L'aire sur laquelle nous nous étions arrêtés était semblable à toutes les autres que j'avais pu voir depuis notre départ ; rien de très original. Des arbres pour faire genre qu'on en a quand même quelque chose à foutre de la nature, malgré toutes les autoroutes, un café, histoire de consommer encore plus, et une station-service car comment irions nous sans moyens de transport ?

Le goût de vivre?Where stories live. Discover now