Ce soir, Sarah a 18 ans. 18 bougies soufflées, 18 années passées. Ça n'est pas rien, 18 ans, ça devient sérieux. La majorité, ça peut effrayer. En tout cas, ça effraie Sarah, rongée par la nostalgie d'une enfance envolée, car ce soir elle marque la fin de son enfance et de son insouciance (lui paraît-il). Voilà pourquoi son sourire semble s'effacer en cette soirée pourtant joyeusement animée.
Son père, Nicolas, s'affaire à prendre les plus belles photos possibles d'une telle lenteur qu'il a obligé Olivia, sa femme depuis maintenant une dizaine d'années, à rallumer les bougies au moins deux fois. Fonctionnaire dans une boîte qui vend des assurances, il ne s'épanouit pas professionnellement et cela ne semble pourtant pas le déranger. Pour lui, le travail a toujours été une tache à accomplir, une corvée qu'il faut exécuter pour en être débarrassé pour la suite de la journée. Lors de ses années d'études, il avait donc tendance à bâcler ses travaux et récolter des notes moyennes, qui le menèrent à une école moyenne puis à un métier moyen. C'était comme ça, Nicolas était comme ça. Il ne souhaitait pas mettre toute son énergie au travail. Non, lui, ce qu'il aimait, c'étaient les soirées films en famille avec du popcorn et de la pizza en accompagnement. Généralement, c'était une personne pausée, qui préférait les moments calmes passés avec ses proches à la maison plutôt qu'à un beau restaurant ou au centre commercial. Il n'était pas fan des surprises et des sorties, ce qui ne dérangeait pas Marie, son ex-femme, jusqu'à ce que cela change.
Marie était tout l'opposé de Nicolas. C'était une femme indépendante et entreprenante, qui a des objectifs clairs, réfléchis et qu'elle voulait réaliser par tous les moyens. Habituée à beaucoup de chamboulements dans sa jeunesse, notamment avec le divorce de ses parents qui la brisa plus qu'elle ne le montrait, cet aspect de calme dans sa relation avec Nicolas lui avait semblé rafraichissant, un brin d'air frais. Ils s'étaient rencontrés à une fête étudiante, possiblement la seule à laquelle s'était rendu Nicolas de l'année entière. Marie avait ressenti une certaine tendresse face à ce garçon seul sur ce canapé immense, entouré de jeunes adultes alcoolisés et assoiffés de vie. Le contraste était saisissant. C'est en l'abordant que tout commença entre eux. Evidemment, c'était elle la plus entreprenante, et cela plaisait grandement à Nicolas, qui n'avait jamais été très à l'aise avec les filles, comme s'il s'agissait de poupées de cire, prêtes à se briser à chaque contact. Elle avait ainsi appris à apprécier les petits moments que leur offrait leur intimité devant la télé, puis quelques années plus tard accompagnés en plus de Sarah. Elle ne ressentait même pratiquement pas le manque de sorties dues à leurs habitudes. Ce quotidien lui était confortable. Mais la limite entre le confort et l'ennui est très mince... ce qu'elle ressenti trois ans après l'accouchement. Tout ça, ce n'était plus elle. Elle ne s'apprêtait plus, avait pris du poids qu'elle n'arrivait plus à perdre malgré ses efforts pendant la grossesse, mais surtout, elle n'avait plus d'objectifs tant elle était surchargée par son travail et sa maternité. Nicolas lui avait conseillé de se mettre au chômage pour se consacrer à sa fille, mais elle avait refusé, préférant engager une nounou. Elle avait de nouveau du temps pour elle, mais ce temps était interrompu sans cesse par les cris de son enfant, ou par des demandes qu'elle considérait comme débiles et inutiles de la part de Nicolas, qui commençait à l'irriter sans raison. Plus le temps passait, plus cette famille d'apparence idéale épuisait et énervait au plus haut point Marie. C'est ainsi qu'elle en vint au divorce, qui signa la finalité de ce cocon familiale qui ne lui correspondait plus. L'année suivante, elle se mit à sortir et faire la fête comme si sa vingtaine venait d'être entamée, comme si elle n'avait pas accouché et qu'elle n'était pas mère. La pauvre s'était retenue de sortir pendant tant d'années, elle se sentait enfin respirer, renaître de ses cendres. Tout était derrière elle, avait-elle dut penser, comme s'il s'agissait d'un vulgaire dessin raté qu'il suffisait de jeter pour l'oublier.
Sarah connaissait de vue quelques personnes à sa soirée d'anniversaire, de la famille éloignée. Tante Alissa, celle qui aime la boisson, peut-être un peu trop, grand-oncle Tom qui s'occupait en discutant avec toutes les femmes un tant soit peu accessibles d'après lui, et qui semblent avoir au moins une dizaine d'années voir pire de moins que lui. Grand-tante Nicole, son ex-femme qui, elle, a choisit de faire de même avec les hommes présents dans la pièce, peu importe leur âge, tant que cela permettait de faire bouillonner Tom. D'autres invités étaient présents, que Sarah ne connaissait pas, ou que trop vaguement pour se souvenir de leur prénom. Cependant, dans les invités de la fête qu'elle reconnait, on y retrouve ses trois cousins Chris, Jason et Rayan, sa grand-mère maternelle, ses grands-parents paternels ainsi que les parents de sa belle-mère, son père et Olivia, dont le ventre prenait des formes nouvelles avec la grossesse.
Vous devez peut-être vous demander si l'oublie de Marie, la mère de Sarah, est volontaire sur cette liste, et c'est le cas. En effet, Marie, après avoir coupé les ponts avec Nicolas l'année du divorce, l'a également fait avec sa fille. Elle disait avoir besoin d'une pose loin de ce passé, loin de cette famille. Comme si le travail d'une mère envers sa fille pouvait inclure une pose. Comme si Sarah pouvait mettre en pose ce sentiment d'abandon que la femme qui l'avait porté pendant 9 mois lui avait imposé. La pauvre enfant avait essayé de renouer contact alors qu'elle n'avait que 10 ans et qu'elle venait d'acquérir son premier téléphone. Elle avait été fouiller dans les contacts de son père pour trouver le numéro de Marie. Pourtant, ses espoirs furent anéantis par l'absence de réponse de sa mère à ses messages. Rien qu'un simple bonjour, elle n'en avait pas été capable. Alors Sarah se mit à entretenir une flamme intérieure qui la dévorait. Elle détestait sa mère biologique. Ce n'était plus que ça à ses yeux à présent : une femme qui l'avait mise au monde avant de défiler. Heureusement, il y avait Olivia, la femme actuelle de Nicolas, son père. Elle représentait pour Sarah ce qui s'approche le plus d'une mère. Il l'avait rencontré à la librairie, et ç'avait été le coup de foudre. De là, leur histoire avait pris un tournant très rapide, mais bon, quand on sait que c'est la bonne, il n'y a pas d'excès de vitesse, se disait-il. C'est ainsi qu'elle emménagea chez eux à peine 3 mois et demi après la fameuse rencontre, et qu'elle intégra le quotidien de la petite Sarah, âgée encore que de 5 ans à l'époque.
« Viens là, que j'embrasse ma petite-fille plus si petite que ça... dit nostalgiquement Nana, la mère de Nicolas. Nico !! Prends donc une photo de nous, voyons !
Nicolas se pressa de scinder en deux la foule afin de se frayer un chemin jusqu'à sa fille accompagnée de sa propre mère, qui lui faisait toujours autant peur malgré les années.
- Donne moi ça, chérie, s'exécuta Olivia en attrapant l'appareil photo que son mari peinait à utiliser depuis le début de la soirée. Si on compte sur toi, les photos de cette soirée risquent de ne pas être très nombreuse !
C'est ainsi qu'elle fit un magnifique cliché de ces deux femmes que Nicolas chérit, qu'ils affichèrent plus tard sur le frigo comme un rappel quotidien de leur amour inconditionnel.
- Venez avec nous sur la photo ! proposa cette fois Nana à Olivia. Allez, Nicolas, tu vas réussir à prendre une photo potable, j'espère !
- Maman ! s'amusa ce dernier, imitant une mine choquée, lui pourtant tant habitué aux remarques cinglantes de sa mère.
Comme on s'y attendait, la photo était à moitié floue, et aucune d'elles n'était mise en valeur dessus.
- Pour les trois femmes les plus importantes de ta vie, tu aurais pu faire mieux... remarqua Nana.
S'ensuivit un éclat derire entre ces quatre membres de la même famille, plus unis que jamais. Carrien ne réunit autant que l'amour. C'est ainsi que, peu à peu, la nostalgie queressentait Sarah en ce jour de fête pourtant si importante pour elle, laissaplace à la paix et à l'amour. Elle vécu la fin de la soirée encrée dans lemoment présent, et ce remémorera ce souvenir toute sa vie, surement un peugrâce à la photo.
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Le silence de ton absence
RomanceSarah souffle 18 bougies ce soir, et pour l'occasion tous les membres de sa famille se sont rassemblés. Tous sauf un : Marie, sa mère. A travers les deux histoires d'amours les plus marquantes de son père, Sarah va tenter de se faire une place et pa...
