Chan avait un sourire si crispé que ses joues étaient douloureuses. Sans s'en apercevoir, Kyungmoo continua à lui parler comme s'il était une bouse sous sa chaussure impeccablement lustrée :
« Je rentrerai demain matin. Sois sage. »
Il serra les dents devant cette phrase qu'il haïssait, ses yeux suivant son époux qui venait de quitter leur demeure. Sans un sourire, une parole gentille, et sans lui souhaiter une bonne journée d'anniversaire. Kyungmoo avait oublié. Il ne termina pas son petit déjeuner, trop amer, déçu et triste. Très bien, puisque c'était ainsi, il ne passerait pas cette journée à se morfondre ! Les lèvres pincées de détermination, il ordonna d'être laissé tranquille, s'enferma dans la bibliothèque, et il enfila seulement une veste avant de quitter à son tour le château. Il se sentait trop mal pour aller voir Jeongin, il n'avait pas envie de lui insuffler sa mauvaise humeur et sa peine et ainsi lui gâcher sa journée. Tant pis, il la passerait seul. Ses pas le menèrent jusqu'à l'enclos des vaches et il s'assit à l'intérieur, gratouillant les oreilles du veau qui venait voir s'il n'avait pas le biberon pour le nourrir. En constatant que ses mains étaient vides, l'animal ne mit pas longtemps à l'abandonner, et ce fut cela qui brisa Chan. Il se recroquevilla sur lui-même en pleurant sur sa vie, sur son mariage raté et sans amour, sur ses sentiments envers Kyungmoo disparus, sur son enfermement dans un domaine dont il ne pourrait pas sortir, sur ses envie de liberté et sur Jeongin, qui méritait bien mieux qu'un noble comme lui. Il méritait quelqu'un qui puisse l'aimer au grand jour, sans devoir dissimuler ses émotions et ses sentiments.
« Chan ? »
Il enfouit sa tête dans ses bras avec un sanglot. Évidemment, il fallait que ce soit le garde-chasse qui le trouve. Une main se posa, aérienne, sur son épaule, alors que Jeongin demandait :
« Puis-je faire quelque chose ? »
Sa prévenance lui tira un reniflement piteux :
« Non...
- Est-ce Monsieur ? Vous a-t-il fait du mal ? »
Physiquement ? Non. Mentalement... Il jouait avec l'esprit de Chan, semblait s'amuser à le briser psychologiquement et à alterner entre tendresse mielleuse et remarques acerbes. Et il n'en pouvait plus. Pourquoi avait-il accepté de l'épouser ? Pourquoi s'était-il convaincu qu'il aimait Kyungmoo ? Parce qu'il avait été le premier à lui accorder des miettes d'attention, alors que tous ne semblaient toujours voir que Yongbok ? Il essuya son visage en soufflant :
« Je n'en peux plus...
- Venez, Chan, ne restez pas par terre. »
Il l'aida à se relever et le stabilisa quand il chancela, il le laissa essuyer ses yeux avec la manche de sa veste, et il se contenta d'attraper son bras :
« Avez-vous besoin de quelque chose ? »
Chan avait désespérément besoin de se sentir aimé, de savoir qu'il comptait pour quelqu'un, qu'il n'était pas un insecte qui parasitait la vie de tous ceux qu'il côtoyait. Il avait besoin d'une étreinte, d'un peu de tendresse, de douceur, de chaleur humaine. Il ravala ses envies démesurées et eut un faible sourire qui ne fit pas illusion :
« Non, merci... »
Les yeux effilés de Jeongin l'étudièrent attentivement, fouillant les recoins de son âme, et il finit par opiner :
« Suivez-moi, une infusion au miel vous fera le plus grand bien. »
Était-ce une coïncidence, qu'il lui propose ce qu'il préférait ? Avait-il retenu quand Chan l'avait évoqué une fois, rapidement, sans s'y attarder ? Faisait-il si attention à tout ce qu'il pouvait dire ? Cette pensée le laissa l'esprit tourbillonnant et les jambes faibles. Ils sortirent ensemble de l'enclos des vaches, et il se rappela de demander alors qu'ils faisaient quelques pas vers les bois :
YOU ARE READING
Elpida // Jeongchan //
FanfictionDire que Chan est malheureux, c'est un peu exagérer tout de même. Après tout, il vient de se marier, son époux l'aime, il l'aime et, surtout, Kyungmoo sait ce qui est le mieux pour lui. Il le sait, n'est-ce pas ? Alors pourquoi est-ce que Chan se s...
