La première chose que T/P sentit, ce ne fut pas la douleur.
Ce fut le silence.
Un silence trop dense pour être naturel, trop lourd pour appartenir au monde des vivants. Il ne ressemblait pas à l'absence de bruit, mais à une présence en soi comme si l'air retenait son souffle, comme si quelque chose attendait.
Elle ouvrit les yeux.
Le sol sous elle était froid. Pas glacé, non. Froid comme une pierre ancienne qui n'a jamais connu le soleil. Elle inspira brusquement, s'attendant à l'odeur de la terre humide, de la poussière, peut-être du sang. À la place, l'air avait un goût étrange : sec, minéral, presque métallique.
Elle se redressa d'un coup.
Son cœur battait. Trop vite. Trop fort. Elle porta instinctivement une main à sa poitrine, comme pour vérifier qu'il était bien là.
Il l'était.
Elle était vivante.
Autour d'elle, le paysage refusait de prendre une forme cohérente. Ce n'était ni une grotte, ni une plaine, ni une salle fermée. L'espace semblait s'étirer à perte de vue, mais sans horizon clair.
Le sol était sombre, lisse par endroits, fissuré à d'autres, comme une immense étendue de roche noire marquée par le temps.
Au-dessus, pas de ciel.
Seulement une voûte d'ombres mouvantes, traversée par des lueurs faibles, rougeoyantes, comme des braises étouffées sous la cendre. La lumière ne venait de nulle part en particulier.
Elle était là, diffuse, irréelle.
— ...OK, murmura-t-elle, la voix étranglée.
— OK, OK, OK...
Elle se leva lentement, les jambes tremblantes. Elle s'attendait à sentir une douleur fulgurante, un vertige, un rappel brutal de l'accident car il devait y avoir eu un accident, non ? On ne se retrouvait pas là sans raison.
Mais son corps allait bien. Trop bien.
Elle se regarda. Ses vêtements étaient intacts. Pas une égratignure. Pas une tache de sang. Pas même cette sensation de flottement qu'on ressent après un choc.
— C'est un rêve, souffla-t-elle.
Elle se pinça le poignet. Fort.
La douleur fut immédiate. Réelle. Vive.
Elle jura à voix basse.
Le silence autour d'elle sembla se resserrer.
Ce fut alors qu'elle comprit qu'elle n'était pas seule.
Ce n'était pas une vision, ni un bruit. Juste cette impression brutale, primitive, d'être observée.
Comme si quelque chose ou quelqu'un avait posé les yeux sur elle à l'instant précis où elle avait formulé la pensée.
Elle tourna sur elle-même.
Rien.
Mais l'air semblait plus lourd. Plus dense. Chaque respiration lui demandait un effort conscient.
Son instinct hurlait. Pas de panique aveugle, non. Quelque chose de plus profond. Une alarme intérieure qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.
— Hé ? lança-t-elle, la voix tremblante malgré elle.
— Il y a quelqu'un ?
Le son de sa propre voix lui parut déplacé, presque indécent, comme si elle brisait une règle invisible.
Aucune réponse.
Elle fit quelques pas en avant. Le sol résonna faiblement sous ses chaussures, mais le bruit s'éteignit aussitôt, avalé par l'espace. À mesure qu'elle avançait, le décor changeait subtilement.
Des silhouettes se dessinaient au loin immobiles, floues, comme des statues oubliées.
En s'approchant, elle comprit.
Ce n'étaient pas des statues.
C'étaient des gens.
Ou plutôt... ce qu'il en restait.
Des formes humaines, figées dans des postures étranges : certains à genoux, d'autres debout, la tête baissée. Leurs visages étaient vides, leurs yeux ternes, comme si quelque chose avait été retiré de l'intérieur. Ils ne la regardaient pas. Ils ne semblaient même pas conscients de sa présence.
— Oh mon dieu... murmura-t-elle.
Elle s'approcha d'une femme, assise à même le sol, les bras entourant ses genoux.
— Madame ? Ça va ?
Aucune réaction.
Elle tendit la main... puis la retira aussitôt. Une peur soudaine lui noua l'estomac. Elle ne savait pas pourquoi, mais toucher cette silhouette lui semblait être une très mauvaise idée.
Une pensée s'imposa à elle, lente, glaciale.
Ils sont morts.
La réalisation la frappa de plein fouet.
— Non, non... ce n'est pas possible.
Elle recula d'un pas, puis d'un autre. Son souffle s'accéléra. Elle secoua la tête, comme si cela pouvait dissiper l'illusion.
— Je ne suis pas morte, répéta-t-elle, plus fort.
— Je suis vivante.
Comme pour lui répondre, son cœur cogna violemment contre sa cage thoracique. Son sang pulsait dans ses tempes. Chaque sensation de son corps criait la même vérité.
Vivante.
Alors pourquoi était-elle là ?
Le mot s'imposa à elle sans qu'elle l'ait appelé.
Enfer.
Elle ne croyait pas vraiment à l'Enfer. Pas comme dans les livres, pas comme dans les sermons.
Et pourtant, tout ici respirait quelque chose d'ancien, de fondamental, comme une certitude gravée dans l'univers.
Ce n'était pas un lieu de feu et de cris. C'était pire.
C'était un endroit où le temps semblait figé, où les âmes attendaient... sans même savoir quoi.
— Si quelqu'un m'entend... dit-elle, la voix brisée.
— J'ai rien à faire ici.
Cette fois, le silence ne lui répondit pas.
Quelque chose bougea.
Pas devant elle. Pas derrière.
Au-dessus.
Les ombres de la voûte se déplacèrent lentement, comme des nuages lourds. Une pression invisible s'abattit sur l'espace, faisant vibrer l'air. T/P sentit ses genoux faiblir.
Ce n'était pas une attaque. C'était une présence.
Une autorité écrasante. Calme. Absolue.
Elle tomba à genoux sans comprendre comment.
Son souffle se bloqua dans sa gorge. Chaque fibre de son être lui criait de baisser les yeux. De se faire petite. De ne pas attirer l'attention.
Trop tard.
Une voix s'éleva.
Pas forte. Pas colérique.
Une voix posée, profonde, qui n'avait pas besoin de crier pour être obéie.
— Explique.
Le mot résonna en elle, pas autour. Comme s'il avait été prononcé directement dans son esprit.
Elle releva lentement la tête.
Devant elle, les ombres s'étaient rassemblées, dessinant une silhouette immobile. Elle n'en distinguait pas encore les traits, seulement cette impression écrasante de se tenir face à quelque chose d'ancien. De souverain.
— Je... balbutia-t-elle.
— Je ne sais pas comment je suis arrivée ici.
Un silence.
Puis la voix reprit, plus basse encore.
— Personne de vivant ne traverse ces portes.
Cette fois, elle sentit le poids des mots. Pas une accusation. Un constat.
— Pourtant, tu respires.
— Ton cœur bat.
Elle porta de nouveau la main à sa poitrine, comme pour se rassurer.
— Oui, murmura-t-elle.
— Je suis vivante.
L'ombre se rapprocha imperceptiblement.
— Alors tu es un problème.
Un frisson glacial lui parcourut l'échine.
Elle venait de comprendre une chose essentielle.
Elle n'était pas une invitée. Elle n'était pas une erreur anodine.
Elle était un danger.
Et quelque part, au cœur de l'Enfer, le roi des morts venait de poser les yeux sur elle.
KAMU SEDANG MEMBACA
L'Erreur d'Hadès
Fiksi PenggemarElle est vivante. Et elle n'aurait jamais dû être là. Quand T/P se réveille en Enfer, une seule certitude s'impose : c'est impossible. Aucun être vivant ne peut franchir les frontières du royaume des morts sans en briser les lois. Hadès le sait. P...
