L'ascenseur descendait lentement, comme s'il hésitait à accomplir sa tâche.
Chaque étage franchit s'annonçait par un léger ding, trop poli, trop insignifiant
Il avait encore cette odeur de métal tiède et de parfum étranger - quelqu'un avait du monter juste avant lui. Il le savait, sans vraiment y penser Il avait beaucoup de choses sans y penser depuis longtemps. Son corps fonctionnait par automatisme, comme une machine qui aurait appris à imiter la vie
Ses doigts serraient la lanière de son sac, trop fort.
Il se rendit compte quand une douleur sourde lui remonta au poignet.
Il relâcha sa prise
Dans le miroir fissuré de l'ascenseur, son reflet lui renvoya une version de lui même qu'il connaissait mal. Les traits étaient les mêmes, pourtant quelque chose clochait. Peut être le regard. Peut être cette façon qu'il a maintenant de ne jamais regarder droit devant
Ses doigts glissèrent vers le bouton du rez- de-chaussée
Il était déjà allumé
Il soupira sans bruit
Avant, il aurait attendu ce moment précis pour envoyer un message.
Un message banal. Inutile. Une phrase sans importance.
Je sors de l'ascenseur
Je suis presque arrivé
Tu as pensé à arroser la plante ?
Avant, il y'avait toujours quelqu'un pour lire ses phrases.
Maintenant, son téléphone reste muet dans la poche intérieure de son manteau.
Il ne vibrait plus.
Il ne vibrait jamais
Le ding final résonna. Les portes s'ouvrirent sur le hall de l'immeuble.
La lumière du matin l'aveugla brièvement. Un matin ordinaire. Un matin qui à rien demandé à personne.
Il sortit de l'ascenseur.
Le hall était propre. Trop propre. Le gardien avait encore dû passer la serpillière. L'odeur du produit ménager lui monta au nez, et pendant un fraction de seconde, son cœur se serra.
Parce que c'est exactement cette même odeur-là. Celle du jour où tout avait basculé.
Il chassa la pensée. Il avait appris à faire ça. Pousser les souvenirs comme quand on repousse une porte qu'on a pas la force d'ouvrir.
Il franchit la porte vitrée et se retrouva dehors.
La ville s'éveillait autour de lui, indifférente à son chagrin. Les klaxons lointains, les pas pressés sur le trottoir, les conversations incomplètes attrapées au vol... Tout continuait.
Tout continuait, alors que quelque chose en lui s'était arrêté.
Il marcha jusqu'à l'arrêt de bus.
À chaque pas, son esprit notait des détails inutiles. Le trottoir fissuré. Une feuille coincé dans les bouches d'égout. Une affiche déchirée annonçant un concert passé.
Avant, il aurait commenté tout cela
Avant, il aurait partagé ces détails absurde avec quelqu'un qui aurait souri.
Maintenant, les mots restaient coincés dans sa gorge.
Le bus arrive avec un souffle fatigué. Il monta, valida son titre de transport, et à la place qu'il prenait toujours. Côté fenêtre. Troisième rang
C'était une habitude.
Une habitude qu'il a jamais remise en question.
Il posa son sac à ses pieds, s'adossa au siège, et laissa son regard se perdre à l'extérieur.
Les vitres défilaient.
Les visages aussi.
Il se demanda comme chaque matin, à quel moment exactement sa vie a cessé d'être sienne. Pas le jour de sa perte - non. Ça avait été plus insidieux. Comme une fuite lente, invisible.
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Une jour de plus
PoetryElias obtient une dernière journée avec un être perdu ... avant de la perdre à nouveau
