Être un serpent, techniquement, c'était relaxant. On n'avait pas à se soucier de la bienséance, de la tenue de ses robes de sorcier, ou du regard méprisant de la société magique britannique. On avait juste à se soucier de deux choses : trouver une pierre chaude pour dormir et éviter d'être mangé par un hibou.
Mais être un serpent en plein mois de novembre à Londres, dans l'Allée des Embrumes, c'était tout simplement un enfer.
Drago Malefoy, actuellement sous la forme d'un Mamba Blanc extrêmement rare et venimeux, frissonna sous ses écailles. Enfin, autant qu'un reptile pouvait frissonner. Le pavé était glacé, couvert d'une pellicule de boue grasse et saumâtre.
« Quelle idée de génie, Malefoy », pensa-t-il amèrement en se glissant sous une palette de bois pourri derrière la boutique de Barjow et Beurk. « "Deviens un Animagus", disaient les livres. "C'est la liberté ultime", disaient-ils. Tu parles. C'est surtout le moyen le plus rapide de mourir d'hypothermie. »
Cela faisait trois semaines qu'il vivait ainsi. Trois semaines qu'il avait fui le Manoir, laissant derrière lui les huissiers du Ministère et, pire encore, les menaces anonymes clouées sur sa porte. Il avait besoin de disparaître. Et personne ne chercherait Drago Malefoy sous la forme d'un reptile d'un blanc immaculé aux yeux d'argent.
Il s'enroula sur lui-même, essayant de conserver le peu de chaleur corporelle qu'il avait. Son estomac gargouilla. Il n'avait pas mangé depuis deux jours. La dernière fois, c'était une souris de campagne, et il avait failli vomir (métaphoriquement) en l'avalant. Il était un aristocrate, bon sang ! Il méritait du foie gras, pas de la vermine.
Soudain, un bruit de bottes lourdes résonna dans l'allée déserte. Des pas assurés. Rythmés. Pas ceux d'un voleur ou d'une sorcière perdue. Les pas de quelqu'un qui possédait l'espace.
Drago se figea, sa langue bifide goûtant l'air.
Ozone. Pluie. Et une odeur indéfinissable de... magie brute. Chaude.
Une silhouette apparut à l'entrée de la ruelle, découpée par la faible lumière d'un réverbère magique vacillant. Un manteau long, sombre. Des cheveux en bataille qui défiaient les lois de la physique. Des lunettes rondes.
Potter.
Le cœur de serpent de Drago rata un battement.
Harry Potter, Chef du Bureau des Aurors (ou en passe de le devenir, selon la Gazette), arpentait l'Allée des Embrumes comme s'il faisait une promenade de santé. Il cherchait quelque chose. Ou quelqu'un. « Moi », réalisa Drago avec une terreur froide. « Il me cherche encore. »
Drago se tassa sous sa palette, priant pour que ses écailles blanches ne reflètent pas la lune. Si Potter le trouvait, c'était la fin. Azkaban. Le procès. L'humiliation.
Harry s'arrêta juste devant la cachette de Drago. Il sortit sa baguette – non, pas sa baguette. Il sortit un paquet de cigarettes moldu, en alluma une d'un claquement de doigts (le frimeur), et exhala une volute de fumée grise vers le ciel noir.
Il avait changé. Il n'avait plus l'air du garçon maigrichon et héroïque de l'école. Il était plus large d'épaules. Il portait un gilet vert émeraude sous son manteau ouvert – un choix vestimentaire ironique qui fit siffler Drago de mépris intérieur. Il avait l'air... dangereux. Prédateur.
Harry tourna la tête. Lentement.
Ses yeux verts, brillants derrière ses verres, se posèrent directement sur la fente entre les planches de la palette. Directement sur Drago.
Drago cessa de respirer. Il ne peut pas me voir. Je suis caché. Je suis un serpent.
Harry s'accroupit. Ses mouvements étaient fluides, félins. Il n'avait pas peur. Il tendit une main gantée de cuir vers la cachette.
YOU ARE READING
Animagus (Drarry)
FanfictionDepuis la fin de la guerre, Drago Malefoy a trouvé la cachette parfaite pour échapper aux regards curieux, aux journalistes et surtout à un certain Harry Potter qui semble le traquer aux quatre coins du pays. Drago est devenu un Animagus non déclaré...
