Chapitre 1 : Le Réveil dans l'Ombre

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Le froid.

C'était la première sensation qui s'imposa à elle. Un froid mordant qui s'insinuait sous sa peau, pénétrait ses os, lui glaçait le sang. Puis vint la douleur — sourde, lancinante, irradiant depuis sa tempe jusqu'à la base de sa nuque. Éléonore tenta d'ouvrir les yeux, mais ses paupières pesaient des tonnes, comme si quelqu'un y avait déposé des pierres.

Où suis-je ?

La question flotta dans son esprit embrumé, sans réponse, sans écho. Elle essaya de bouger, mais son corps refusa d'obéir. Ses membres étaient engourdis, lourds, étrangers. Une panique sourde commença à monter en elle, une angoisse primitive qui lui nouait la gorge.

Enfin, après ce qui lui sembla une éternité, elle parvint à soulever légèrement les paupières. Une lumière tamisée, dorée, dansait au plafond. Des ombres mouvantes projetées par les flammes d'une cheminée. Elle cligna des yeux, tentant de chasser le voile qui obscurcissait sa vision.

Le plafond au-dessus d'elle était haut, orné de moulures élégantes et de peintures délicates représentant des scènes pastorales. Des angelots joufflus côtoyaient des nymphes gracieuses dans un ciel de stuc doré. C'était magnifique. Oppressant aussi.

Où suis-je ?

La question revint, plus insistante cette fois.

Éléonore tourna lentement la tête sur le côté, ignorant la douleur qui lui vrillait le crâne. Elle se trouvait dans une chambre immense, luxueuse, décorée avec un goût exquis mais sombre. Les murs étaient tendus de soie bordeaux, les meubles en acajou massif brillaient à la lueur du feu. De lourdes tentures de velours encadraient les fenêtres, bloquant toute lumière extérieure. La pièce sentait le bois de santal, le cuir et quelque chose d'autre — une fragrance masculine, musquée, troublante.

Elle était allongée dans un lit à baldaquin dont les draps de lin blanc contrastaient avec l'atmosphère sombre de la chambre. Les couvertures étaient remontées jusqu'à sa taille, et elle portait une chemise de nuit en dentelle fine qu'elle ne reconnaissait pas.

Qui m'a habillée ?

Un frisson la parcourut, qui n'avait rien à voir avec le froid.

Elle tenta de se redresser, mais une vague de vertige la submergea aussitôt. Sa vision se brouilla, et elle retomba contre les oreillers en gémissant doucement.

— Ne bougez pas.

La voix la fit sursauter. Grave, autoritaire, elle venait de l'ombre près de la cheminée. Éléonore tourna brusquement la tête dans cette direction, le cœur battant la chamade.

Un homme se tenait là, immobile, silhouette sombre découpée par les flammes dansantes. Il était grand, imposant, vêtu d'un costume trois-pièces noir impeccablement taillé. Ses cheveux étaient d'un brun profond, presque noir, coiffés avec une élégance négligente qui suggérait qu'il se moquait des conventions. Mais ce qui captiva immédiatement Éléonore, ce furent ses yeux.

Des yeux d'un gris orageux, perçants, intenses, qui semblaient voir à travers elle, lire chacune de ses pensées, chacune de ses peurs. Ils la fixaient avec une concentration troublante, presque possessive, comme si elle était la seule chose qui existait dans ce monde.

— Qui... qui êtes-vous ? parvint-elle à articuler d'une voix rauque.

L'homme ne répondit pas immédiatement. Il s'avança lentement vers le lit, ses pas étouffés par l'épaisse moquette. À mesure qu'il approchait, Éléonore pouvait mieux distinguer ses traits : un visage ciselé, d'une beauté presque cruelle, avec une mâchoire carrée, des pommettes hautes et une bouche ferme qui aurait pu être sensuelle si elle n'était pas tendue en une ligne dure.

Les vœux oubliésStories to obsess over. Discover now