- Salut! Ça va?
- Ça va. Pourquoi ?
- Parce que je sais que c'est pas toujours facile. Que tu sois en 3e ou en 6e, au lycée ou à la Fac, on te reprochera toujours quelques chose. On te dira que c'est l'année facile, l'année bête, l'année agréable. L'âge de grandir, l'âge de penser , l'âge de te laisser faire parce que, tu comprends, t'es qu'un enfant, t'es inutile, tu sais tien, tu fais rien, tu vis rien, tu penses rien et en même temps, l'adolescence, c'est facile, mais intense. À ton âge, tu dois t'exprimer mais , quand tu le fais, tu prends trop de place. Tu dois représenter le futur, mais le passé, lui, a le droit de se tromper. On doit reparer les erreurs des autres, ne pas en faire, faire avancer le monde et soigner les immondices commises par nos anciens. On doit se révolter, réagir, manifester, mais on a plus d'humour, on peut plus rien dire.
-Ah! C'est vrai...
- Et quand tu parles de toi, tu sais tout mieux que tout le monde, t'as tout vécu. Alors, pour faire passer la douleur, tu te coupes, tu te frogues, tu te brûles, tu te mords, tu te frappes, tu t'étrangles. Et, lors de l'entaille de trop, du cachet de trop, de la brûlure de trop, de la morsure de trop, du coup de trop, de la seconde de trop, t'as deux choix. Soit tu passes le pas et tu reverras plus le monde, ou tu continues à souffrir, mais tu as la once d'espoir nécessaire. Puis tu vois l'ambulance partir, tu te réveilles, tu pleures, tu hurles, tu pètes les plombs. Et voilà! Encore un truc loupé! Et on te promet qu'on mettra en place des aides, qu'on t'écouteras, qu'on fera attention. La seule aide réelle que tu as, c'est la tienne. Le cycle recommence. Les mêmes couloirs, les mêmes gens, les mêmes routines. Mais t'inquiète pas! C'est "facile".
09/2024
