Chapitre 1

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Être la première fille du Duc Hardy avait toujours été, pour moi, une source de bonheur presque insolent. L’argent coulait à flots, les bijoux scintillaient à chacun de mes pas, les étoffes les plus rares glissaient contre ma peau… et les hommes aussi, parfois.

Je détenais un pouvoir que nul autre, dans toute la royauté, ne pouvait se vanter de posséder.

Après tout, j’étais Lydia Hardy, première fille du Duc Hardy, unique héritière de son nom.
Et surtout… j’étais — je suis — une déception ambulante.

Après tout, je suis Lydia Hardy .
Et pourtant… rien ne me satisfait. Rien ne comble ce vide qui me ronge, même au sommet de tout ce que les autres désirent.

Il existait pourtant une chose, une seule, à laquelle j’étais plus accro qu’au luxe, qu’au pouvoir, qu’aux regards qui glissaient sur moi.
Le cognac.

Je buvais le matin pour survivre à la journée.
Je buvais le soir pour réussir à m’endormir.
Je buvais le matin, le midi, le soir… à n’importe quelle heure, comme si chaque instant réclamait sa gorgée pour exister.

De mes seize ans jusqu’à mes vingt ans, tout est devenu flou, noyé, dissous dans l’alcool.
Je crois même que je ne me souviens plus du moindre jour où je suis restée sobre.

Je buvais pour oublier ma pauvre vie — saturée de bijoux, de luxe, de détente… mais vide d’amour.
Je buvais pour oublier le devoir qui pesait sur mes épaules comme une chaîne froide.
Je buvais pour oublier que mon existence n’était qu’un enchaînement de merde et de déceptions.

Et moi… j’étais une pauvre limace, l’ombre de moi-même, étouffée sous des milliers de bouteilles de cognac.

Oh, le cognac…
Je crois que c’était ma seule amie. La seule à ne jamais me juger.

Et j’étais désespérée.
Lamentable.
Pathétique.
Pitoyable.

Et ça, oh putain de merde…
Ma belle-mère me l’a bien fait comprendre.
Ah, cette chère Amelia.

Je me souviens de ses mots durs, de son regard dégoûté chaque matin où elle me croisait. Des insultes soufflées entre deux gorgées de thé, des sourires venimeux qu’elle me lançait, des chuchotements qui se cassaient sur mon dos dès que je tournais la tête.

Elle me scrutait sans jamais oser dire en face tout ce qu’elle pensait.
Parce que malgré sa place de troisième épouse de mon père, cette pauvre Amelia n’avait pas le pouvoir de lever la voix contre moi.

Même si je n’étais qu’une pauvre alcoolique, j’étais moi : la prochaine Duchesse Hardy.
Et ça, ça la rongeait plus que toutes mes bouteilles réunies.

Riene de soiTempat cerita menjadi hidup. Temukan sekarang