​🖤 Prologue : Les Reflets d'Éternité

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L'éternité est une cellule sans murs.

Je le sais.

Je l'ai construite moi-même, pierre après pierre, siècle après siècle.

Et dans cette prison sans fin, Kyoto est mon plus beau geôlier.

​Je me tenais sur un toit de tuiles sombres, les yeux fixés sur le quartier de Gion.

Ce n'était pas la beauté des lanternes rouges et du bois laqué qui m'attirait, mais le rythme.

Le rythme éphémère et insouciant des vies humaines qui s'agitaient en dessous.

Des battements de cœur fragiles, comme des bougies prêtes à s'éteindre au moindre souffle.

​Mon existence se résumait à l'observation de ce rythme.

Un prédateur patient, un observateur cynique.

J'avais vu cette ville naître, grandir, brûler et renaître.

J'avais vu l'amour s'épanouir et faner des milliers de fois, sans jamais y prendre part.

Mon cœur n'était plus qu'une relique froide, un muscle inutile.

​Puis, il y a eu elle.

​Je l'ai vue pour la première fois sous la pleine lune, près du sanctuaire Yasaka.

Kazumi.

Un prénom comme un murmure de ruisseau.

Elle était si... lumineuse.

Une silhouette trop pure pour les ombres dans lesquelles je me complais.

Elle portait une écharpe rouge, le rouge écarlate de la vie, le rouge qui me hantait.

​Je me suis approché, non par besoin, mais par une curiosité que je croyais morte.

Je voulais simplement goûter à sa peur, me réchauffer à la flamme de son énergie vitale avant de la laisser à son chemin.

C'était la routine, la loi de ma survie.

​Mais quand nos regards se sont croisés mes yeux de nuit contre ses yeux d'aube il ne s'est rien passé de prévu.

Pas de cri, pas de fuite éperdue.

Juste un silence, lourd et vibrant, qui a fait danser mon sang froid.

Elle ne voyait pas le monstre.

Elle voyait... moi.

Ou du moins, elle voyait l'homme que j'avais été.

​Dans cet instant figé, j'ai compris mon erreur.

L'éternité m'avait rendu arrogant.

Je pensais tout contrôler : la soif, l'ombre, la distance.

Mais cet instant m'a trahi.

​J'ai senti, pour la première fois depuis des siècles, une fissure dans les murs de ma cellule.

Une faiblesse que je n'avais plus les moyens de combattre.

​Ce n'était plus une question de chasse ou de survie.

C'était une chute libre.

Une soif bien plus ancienne et plus terrifiante que celle de leur sang.

​J'ai pris la rose, ma main gantée agrippant la tige épineuse sans sentir la douleur.

Cette fleur n'était pas pour elle.

Elle était pour moi.

Un rappel que si je restais trop près de cette lumière, le sang, le sien, coulerait inévitablement.

​Je ne devais pas l'aimer.

Je ne devais même pas la toucher.

​Car si je le faisais, je ne serais pas son protecteur.

Je serais sa damnation.

​Et la seule chose plus douloureuse que l'éternité est de savoir que je devrai la regarder mourir.

Amour ÉternelStories to obsess over. Discover now