Prologue

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LORENZO

22 ans

(Les années universitaires)

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Enfin. Les partiels sont derrière nous. La pression retombe d'un coup, et pour la première fois depuis des semaines, j'ai l'impression de respirer. Le premier semestre est fini, et même l'air semble plus léger, comme si la fac elle-même soupirait de soulagement après avoir essoré tous ses étudiants.

Avec Corentin et Katia, nous avons prévu de fêter ça ce soir. Mais avant de les rejoindre, j'ai une idée qui me chauffe le cœur : surprendre Sofia.

Je lui ai dit que je ne pouvais pas passer la chercher à la cité U, trop de choses à régler. En vérité, je veux juste débarquer à l'improviste, pour la regarder sourire quand elle m'ouvrira la porte. Rien qu'à imaginer sa tête, j'ai le ventre noué d'excitation.

Sofia, c'est mon point d'ancrage depuis deux ans. Mon repère, ma certitude. Pas un jour sans que nous nous voyions. Nous parlons d'avenir, d'un appartement à deux, d'une vie qui aurait enfin du sens. Le genre de plan parfait que nous nous racontons quand nous croyons encore que l'amour suffit à tout.

Je me souviens de notre rencontre, dans un couloir bondé. Je lui rentre dedans comme un maladroit, ses livres s'envolent, elle me fusille du regard. Je me mets à genoux au milieu des feuilles pour réparer mon crime, et contre toute attente, elle rit. Depuis ce jour, nous ne nous sommes plus quittés.

En montant les escaliers, j'ai presque l'impression de revivre cette première fois. J'ai même mis la chemise qu'elle préfère, celle qui « fait sérieux » d'après sa mère. Le bouton du col tient par un fil bleu. Sofia l'a cousu elle-même, la langue tirée de concentration, faute de fil blanc. « Comme ça, tu penses à moi chaque fois que tu la boutonnes. » Dans quelques minutes, je serai dans ses bras, et le reste du monde n'existera plus.

Mais plus je monte, plus quelque chose se grippe en moi. Pas de la peur, pas encore. Plutôt cette sorte d'instinct que je préfère toujours ignorer. J'ai beau secouer la tête, ça reste, tapi quelque part entre mes côtes.

La porte est verrouillée. Étrange. Sofia ne ferme jamais à double tour, elle dit que ça lui donne l'impression d'être enfermée. Je sors mes clés. Elles m'échappent des doigts, tintent sur le carrelage du palier. Je les ramasse, je m'y reprends à deux fois pour trouver la serrure. Et c'est là qu'un détail m'arrête : des vêtements éparpillés dans l'entrée. Ce n'est pas son genre. Sofia est maniaque, du genre à plier ses chaussettes par couleur.

Un bruit me parvient. Des murmures. Puis un gémissement.

Mon cœur se fige.

J'avance. Doucement. Chaque pas résonne comme une déflagration.

Et là, la claque.

Sofia. Penchée sur le comptoir. Et derrière elle, Matteo. Son « binôme » de TP.

Je reste planté sur le seuil. Je n'entends plus rien, à part le sang qui cogne contre mes tempes, contre mes côtes, partout. Mes jambes ne répondent plus. Je veux reculer, elles refusent.

Deux ans qui s'effondrent en dix secondes.

— Lorenzo... !

Sofia se redresse, panique, attrape sa robe à moitié tombée. Matteo, lui, ne perd pas une seconde : il tire sur son pantalon et disparaît par la porte du fond sans un regard en arrière.

— Ce n'est pas ce que tu crois, souffle-t-elle.

Un rire m'échappe, sec, qui ne ressemble à rien de ce que je connais de moi.

— Ah non ? Et c'est quoi, alors ? Un cours particulier de biologie appliquée ?

Ses lèvres tremblent, ses yeux se mouillent, mais je ne ressens rien d'autre qu'un grand vide blanc, comme si tout en moi avait décidé de s'éteindre en même temps.

— Je t'aime, Lorenzo. C'était juste... une erreur.

— Une erreur, répété-je, la voix complètement plate. Deux ans ensemble, et c'est tout ce que tu trouves à dire ?

— Ce n'est pas ce que tu penses, c'est arrivé comme ça, j'ai pas réfléchi.

— Tu sais que je fête la fin des partiels ce soir. Tu sais que je ne passe pas. Ça, par contre, tu y as réfléchi.

Elle n'a pas de réponse. Juste ce silence qui dit tout ce que je ne voulais pas savoir.

Je ne crie pas. Je ne casse rien. Je reste juste là, à regarder la femme avec qui j'imaginais toute une vie, et je comprends que cette vie n'a jamais existé que dans ma tête.

— J'espère qu'il valait le coup, finis-je par dire.

Puis je tourne les talons, et je referme la porte derrière moi. Doucement, cette fois. Comme quelque chose que je sais ne plus jamais pouvoir rouvrir.

Dans l'escalier, je m'arrête une seconde, le dos contre le mur froid. Je ne pleure pas. Je n'y arrive même pas. J'étouffe. Je tire sur le col de ma chemise, si fort que le bouton saute et roule sur une marche. Le fil bleu pend, ridicule. Je le fixe longtemps, sans réussir à le lâcher des yeux.

Il y a juste cette certitude glacée qui s'installe, et qui ne me quittera plus pendant longtemps :

Plus jamais je ne laisserai quelqu'un s'approcher d'aussi près.

Je ne ramasse pas le bouton.

Quatre ans à tenir parole.

Résonance des coeurs - T 2 - ValeriaCerita yang bikin terobses. Temukan sekarang