La déprime du dimanche soir

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J'adore les chiffres. J'aime tout chiffrer, de mes dépenses à mes revenus, de mon temps passé et à venir, de mes calories à mes kilos : c'est une obsession.
Plutôt que de travailler dessus, je vais m'en servir pour représenter ce que le travail vaut, en chiffres, pour moi.

Le travail, c'est 38 heures par semaine.
Le travail, c'est 5 jours sur 7.
Le travail, c'est les vacances. 5 semaines sur 52. Même pas un dixième.
Le travail, c'est 2500 euros net, soit 2 fois le prix de mon train de vie.
Le travail, c'est 1 824 heures par an.

Le travail, c'est un tiers de mon temps, sauf les weekends. Pendant les weekends, je dispose de 48h pour :
-Me reposer
-Régler toute paperasse générée par mon existence
-Voir ma copine, mes amis, ma famille
-Faire du sport
-Voyager avec la tête
-Me cultiver, apprendre de nouvelles choses
-Créer
-Suivre l'actualité

Si j'avais des enfants la liste serait 3 fois plus longue.
J'aime les chiffres et je les aime tant qu'à une époque je croyais aimer l'argent. Ma mère me le disait souvent : « Arrête de parler d'argent »
Je voulais chiffrer la valeur de toute chose, j'étais autant curieux de savoir le déroulé de la bataille de Salamine que de connaître la solde des gladiateurs.

Et avec pour exemple ceux qui louaient leur vie contre quelques misérables pièces, je me suis construit une attente de réussite à travers le travail. Je voulais faire partie des gagnants, de ceux qui s'achètent une maison avec une honnête vie de travail.

Le problème c'est que je peine à mettre 900 euros de côté par mois et qu'un 30 m2 ici vaut 350 000 pièces. Une vie de labeur.
Le soldat de Salamine avait-il une maison ?
Peut-être, moi j'en ai pas, c'est sûr.
Avec mes weekends qui ressemblent à une valise bien trop remplie, j'ai du mal à boucler ce que j'ai à faire. Alors je fais l'impasse sur des choses, que l'on m'a dit sont cruciales pour être heureux.
Du coup, mes weekends de 48h me servent à :
-Me reposer
-Régler toute paperasse générée par mon existence
-Voir ma copine, mes amis, ma famille parfois
-Faire du sport si je décide de faire l'impasse sur le repos

J'écris cette note parce que je ne ressens même plus d'angoisse du dimanche soir, à vrai dire je ne ressens pas beaucoup. Je suis blasé de retourner au travail, d'enrichir des gens bien trop riches sur des projets qui ne me concernent que de loin, qui ne m'intéressent pas, je suis blasé d'enfoncer au fond de mon ventre mes idées mes projets mes rêves, en attendant que le weekend prochain je puisse les déterrer pour me rappeler qu'ils sont bien là, avant d'entamer à nouveau ce cycle qui ne semble plaire à personne, et qui m'éloigne de plus en plus du lycéen libre, triste mais libre que j'étais.
Est-ce que le travail est un refuge pour ne plus se poser de questions ? Ça fait un an que je songe à faire autre chose de mon temps, à créer pour moi. Je reviens à peine de vacances et je me retrouve à écrire ça.

Penser à ceux qui ont moins que moi me glace le sang. Penser à ceux qui vivent la guerre aussi. Et pourtant, je ne me sens pas heureux. Tiens pourtant est la contraction de pour autant.
Continuer à vivre sans la peur d'être à la rue en troquant mon temps ou prendre des risques et faire quelque chose que j'aime ?

Je sais pas, à la semaine prochaine.

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⏰ Last updated: Sep 14, 2025 ⏰

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