J'étais enfermée dans une pièce, collée au salon. Derrière cette porte, j'entendais des cris : ceux de ma sœur, Hanane.
Elle suppliait, mais apparemment, ça n'arrêtait rien. Je n'ai ni le souvenir de son visage, ni de sa voix. Le seul souvenir d'elle présent dans ma mémoire, c'est sa flaque de sang que j'ai vu, quand je suis sortie de la pièce, après l'arrêt des cris. Cette odeur de sang métallique, qui me marquera à jamais.
D'après ce que m'avait raconté ma mère, mon beau-frère l'aurait apparement vu avec un autre homme dehors, alors qu'elle était mariée.
Et a l'homme ? Que lui a-t-on fait ? Rien du tout.
Plusieurs fois j'ai vu mon autre grande sœur Narimene revenir à la maison en pleurant, haletante, couverte de bleu, faute d'avoir « désobéit » à son mari.
Mes parents ne pouvaient rien faire. Ce serait honteux qu'une fille mariée revienne à son domicile familial, quel déshonneur pour la famille enfin !
J'espère que mon destin ne sera pas comme ces dernières. Et si, j'étais enfin la première à briser cette malédiction ?
Je m'appelle Chadna. Au moment où je vous parle , ma famille ne fait désormais plus partie de ma vie. Et c'est mieux comme ça.
J'ai aujourd'hui 25 ans. Des choses, j'en ai subies : qu'elles soient positives ou négatives. D'autres m'ont forgées, et d'autres m'ont détruites à jamais.
J'aimerai aujourd'hui prendre ma plume et vous raconter mon histoire, mon expérience, mon journal intime.
Je m'appelle Chadna, j'ai 25 ans, et aujourd'hui j'aimerai vous raconter une histoire.
Tuer pour « sauver l'honneur de la famille » Dit-on. Et si nous arrêtions notre hypocrisie et qu'on mette enfin un vrai terme à cet acte de barbarie ?
Mesdames, messieurs, j'aimerai aujourd'hui vous conter l'histoire d'un
crime d'honneur.
