23 bis <Les lieux>

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Le bâtiment se dressait là, seul, figé dans le temps comme un cadavre oublié. La façade craquelée, recouverte de mousse et de graffiti à moitié effacés, semblait regarder quiconque s’approchait avec un jugement silencieux. Les vitres étaient éclatées, laissant passer la lumière d’un jour grisâtre qui ne réchauffait rien. À l’intérieur, l’air était lourd, saturé d’une odeur de moisi et de poussière. Chaque pas sur le sol de béton semblait réveiller des échos que le bâtiment retenait depuis des années.

Les couloirs, étroits et interminables, s’enroulaient comme des veines mortes. Le papier peint pendait en lambeaux, et des traces noires, comme des doigts brûlés, marquaient les murs. On aurait dit que le lieu respirait à peine, que chaque recoin avait une mémoire propre, lourde et silencieuse. Le vent passait par les fenêtres brisées, sifflant doucement, comme une voix étouffée, et faisait frissonner les planches de bois pourries qui servaient encore de plancher.

Dans l’une des salles, un bureau éventré, avec ses tiroirs ouverts et vides, semblait attendre une présence qui ne viendrait jamais. Les traces de café renversé séchaient sur le bois, fondues dans la poussière, rappel d’une routine brusquement interrompue. Un vieux tableau noir, couvert de craie effacée, murmurait encore des mots qu’on ne pouvait plus lire.

Chaque objet abandonné, chaque morceau de verre ou de métal tordu portait une histoire muette. Et pourtant, le plus effrayant était ce vide : un vide si complet qu’il semblait absorber le regard, étouffer le souffle et ralentir le temps. Même le silence n’était pas calme ; il pesait, grondait doucement, comme si les murs retenaient leurs secrets et que tout ce lieu était une cage pour quelque chose qui ne voulait pas être oublié.

Et là, debout dans ce vide, on comprenait que l’abandon n’était pas seulement physique. Le lieu avait une volonté propre, une mémoire lourde et implacable, et quiconque s’aventurait ici sentait son cœur battre plus vite, comme si le bâtiment lui-même respirait, patient, attendant que l’intrus entende enfin le murmure des ombres.

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⏰ Last updated: Aug 20, 2025 ⏰

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