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La ou le silence recommence

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Ndt: quand il y a un nom en majuscule (SHOYA ou SHOKO) cela veux dire que on passe à son point de vue :)))

SHOYA

Il y a des lieux qui nous poursuivent, même quand on pense avoir tourné la page.
Pour moi, c’est ce pont.
Pas un endroit maudit. Pas un sanctuaire non plus. Juste… un point de passage entre ce que j’ai été, et ce que je tente de devenir.

Il fait froid ce matin-là. L’air est vif, les feuilles d’automne craquent sous mes pas.
Je reviens ici souvent. Sans vraiment savoir pourquoi.
Peut-être parce que c’est ici que j’ai sauté dans l’eau, il y a cinq ans.
Peut-être parce que c’est ici qu’elle m’a tendu la main. Qu’elle m’a sauvé. Sans un mot.

Shoko.

Je ferme les yeux.
Son prénom flotte comme un souffle doux dans ma tête.
Elle est restée dans ma vie. Pas comme une amante. Pas comme une amie ordinaire non plus.
Elle est juste… là. Constamment. Silencieusement.

Et moi ?
Je fais semblant d’avancer.

---

Mon quotidien est calme. Trop calme parfois.
J’ai repris mes études. Psychologie. J’apprends à écouter. Ironique, non ?
Moi qui ai ignoré tant de cris muets dans le passé.

À l’université, personne ne connaît mon histoire.
Ils me voient comme un mec discret, un peu trop sérieux.
Je suis devenu l’inverse de ce que j’étais enfant : poli, attentif, presque effacé.

J’évite les conflits.
Je m’efface quand quelqu’un lève la voix.
Je m’excuse quand je parle trop fort, même sans le faire exprès.

Mais surtout…
Je n’ai pas oublié. Rien. Ni le regard de Shoko, ni mes propres hurlements intérieurs.

---

Ce soir-là, elle m’a écrit :

> « Est-ce que tu veux qu’on se voie demain ? Sur le pont. Comme avant. »

J’ai répondu oui.

Bien sûr que oui.

---

SHOKO

Je le regarde de loin.
Il ne m’a pas vue arriver. Il a encore cette manie de fixer le sol comme s’il cherchait quelque chose de précieux entre les graviers.
Il a grandi. Il est plus grand que moi maintenant. Ses traits sont un peu plus durs, mais son regard reste doux. Fatigué, mais doux.

Je marche doucement.
Quand il lève enfin les yeux et croise les miens, il me sourit. Un sourire timide, presque coupable. Comme toujours.

Je m’arrête à un mètre de lui.
Il ne bouge pas. Je tends les mains et commence à signer.

— Salut.
— Tu es en avance, répond-il, en langue des signes approximative.

Je hoche la tête.

Il regarde l’eau. Comme avant. Je fais pareil.
Le silence est là, mais il ne pèse pas. Il nous lie.

---

SHOYA

— Tu sais pourquoi j’aime ce pont ?

Elle secoue la tête.
Je continue, même si je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant.

— Parce qu’il est banal.
— Banal ? signe-t-elle.

— Oui. Pas un monument. Pas un lieu sacré. Juste un endroit de passage.
Mais pour nous, c’est devenu plus. Un endroit où le monde s’est arrêté, puis relancé.

Elle baisse les yeux. Je crois que je l’ai touchée.

Elle écrit quelque chose sur son carnet, comme avant.

> « Moi aussi, je l’aime. Parce qu’ici, tu ne me regardais pas comme les autres. »

Je lis. Mon cœur se serre.
Je voudrais lui dire qu’elle est belle.
Qu’elle compte.
Que je pense à elle tous les jours.
Mais j’ai peur.

---

SHOKO

Je voudrais lui dire quelque chose.
Mais ma gorge se serre.
Pas à cause de ma voix. À cause de ce foutu cœur qui bat trop fort.

Je le regarde.
Il m’évite du regard, puis me fixe, puis détourne les yeux encore.

Je souris.

Il n’a pas changé.
Mais en même temps… si.

Il est plus tendre dans ses gestes. Plus calme.
Mais je vois aussi dans ses épaules ce poids qu’il n’a jamais posé à terre.

Je voudrais lui dire que moi aussi, je le porte encore.
Le poids du passé. Des silences. Des gifles invisibles.
Mais aussi le poids de ce que je ressens pour lui.

Je n’arrive pas à le dire.

Alors je sors mon carnet une nouvelle fois.

> « Tu veux qu’on vienne ici chaque semaine ? Juste marcher. »

Il lit.
Et sourit enfin, sincèrement.

— Ouais. J’aimerais bien.

---

SHOYA

C’est peut-être ça, le début de quelque chose.
Pas une déclaration. Pas une promesse.
Juste un rendez-vous silencieux.
Une routine fragile.

Une forme d’espoir.

Silent hope ( suite de Silent voice )Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora