Prologue

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La pluie frappe le toit de ma camionnette comme un chœur de tambour nerveux, résonnant dans mes tempes, noyant le monde sous un rideau gris. L'air sens le bitume mouillé, et la viande froide qui me colle encore aux mains.
Elle est devant moi, je la regarde marcher, encore. Ses cheveux trempés colle à sa nuque, son manteau est ouvert sur un chemisier blanc qui prend la pluie, laissant entrevoir ses tétons rosée et dure. Elle sert son sac contre elle, le cuir foncé par l'eau, ses yeux se baisse vers les flaques d'où les néons reflètent.

Elle ne sens pas présence, elle ne sait pas que je suis là. Que je la regarde.
Et que bientôt elle n'appartiendra plus qu'à moi.

Je sors de ma camionnette. Mes bottes éclaboussent l'eau sale, le grondement du tonnerre couvre mes pas. Mon souffle est calme, à chaque inspiration décompte le moment où je poserai enfin mes mains sur elle consciente.

Elle tourne à gauche, dans une ruelle sombre, elle n'a jamais vu de film d'horreur ? Entre deux murs pleins de graffiti ou de l'eau noir s'écoule. Un réverbère grésille. Elle ne devrais pas se tenir seule ici. Je vais lui apprend c'est chose simple. Elle ne devrais être seule nul part. Mais je suis la maintenant. Tu ne sera plus seule.

Je m'approche, mon ombre englouti la sienne. Elle s'arrête, redresse la tête. Son odeur m'enivre même sous la pluie. Un mélange de shampooing bon marché, et du parfum qu'elle porte toujours, celui qui me rend fou depuis des mois. La belle.
Elle se retourne ses yeux s'écarquillent.

- Qu'est ce que...?

Je plaque ma main sur sa bouche. Que les choses sérieuse commence. Elle gémit et je bande comme un taureau. Elle me voit pour la première fois. Un son étouffé, comme ceux d'un animal blessée lui échappe. Son petit corps se débat, ses bras frappent mon torse, ses pieds glissent sur le sol mouillé. Ses cheveux colle à mon gant, une mèche s'arrache, se collant sur sa joue trempée.

Elle sent putain de bon.

Je murmure à son oreille, d'une voix posée et tendre.

- Chut... c'est moi.

Elle crie contre ma paume, ses ongles s'enfoncent dans ma veste. La pluie efface ses larmes, mon cœur bat fort de soulagement. De faim.
J'enfonce l'aiguille de ma seringue dans son cou.
Elle se tend, se débat encore plus fort, ses jambes fléchissent, ses yeux cherchent dans le ciel une échappatoire. Sa respiration devient saccadée, ses paupières lourdes. Elle me regarde, un instant, ses lèvres tremblent contre ma main.

Puis son corps devient mou, et glisse contre moi.

Je la tiens contre mon torse, son odeur se répand sur mes vêtements, ses cheveux se mêles aux gouttes de pluie. Ses bras pendent, ses doigts tremblent une dernière fois avant de se relâcher.

Je reste là un instant, dans la ruelle, sous la pluie qui frappe mon visage levé vers le ciel noir. La lumière du néon danse sur les flaques, comme du sang.
Je souris.
Elle est la, dans mes bras.
Enfin.

Je la porte jusqu'à la camionnette, la dépose dans le coffre avec précaution. Une mèche de cheveux se colle sur ses lèvres entrouvertes, je la repousse doucement la caressant au passage.

Je m'assois en claquant la porte, démarre le moteur, le grondement couvre le bruit de la pluie. Je serrent le volant, mes mains son poisseuses, tremblantes d'excitation.

- On rentre à la maison, mon cœur.

schizophréniaWhere stories live. Discover now